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  • Il était une fois l’énergie : la nouvelle série de Foorier

    Il était une fois l’énergie : la nouvelle série de Foorier

    Il y a quatre mois, nous avons commencé une série inédite sur l’énergie. 

    Pourquoi parler d’un roi d’Angleterre qui interdit le charbon en 1306 et que personne n’écoute ? Ou d’un ingénieur de Brooklyn qui invente la climatisation pour sécher de l’encre d’imprimerie ? Ou d’un hiver si rude qu’il précipita une révolution ? 

    Dix épisode, qui traversent des siècles, sautent entre les continents… Pourquoi une entreprise de performance énergétique, qui pose et pilote du BACS, des GTB… publie-t-elle des articles sur Édouard Ier, le GIEC ou les compteurs d’Edison ? 

    La réponse tient en une conviction : on ne pilote bien que ce qu’on comprend. 

    Notre métier consiste à transformer l’énergie en confort au meilleur coût ; c’est mieux de  savoir d’où vient cette énergie, ce qu’elle a coûté à apprivoiser, et ce qui se joue derrière chaque degré. Alors Foorier raconte, vulgarise, remet en perspective. Pour vous apprendre des choses, et pour en apprendre nous mêmes, car ce métier est un apprentissage permanent, des deux côtés de l’écran.

    Pour ce dernier épisode, nous avons remis nos dix histoires dans l’ordre, et un guide s’est imposé de lui même. 

    En 1789, l’année même où Paris prenait la Bastille, un chimiste français publiait le principe que la postérité résumera d’une formule : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

    Antoine Lavoisier parlait de la matière ; la physique étendra le principe à l’énergie, et notre série entière tient dedans. Le charbon devient chaleur, la chaleur devient confort, le confort devient santé, et parfois, mal gouvernée, l’énergie se transforme en fumée, en canicule ou en facture. 

    L’énergie, sa science et son compteur

    Tout commence par une flamme, il y a 400 000 ans, et pendant une durée vertigineuse, il ne se passe presque rien : se chauffer, c’est faire du feu. Le vrai basculement tient en un siècle et demi. En 1859, un certain Edwin Drake, que tout le monde prend pour un illuminé, fore le premier puits de pétrole commercial en Pennsylvanie. En 1882, Thomas Edison allume à New York la centrale de Pearl Street, et l’électricité entre dans les foyers. Notre grand état des lieux des énergies raconte cette accélération et ce qu’elle a produit : un monde où le charbon régnait encore sur un tiers de l’électricité en 2024, et où 2025 a vu, pour la première fois depuis un siècle, les renouvelables le dépasser. Ce charbon des fours à chaux de Londres aura tenu sept cents ans.

    L’énergie domestiquée, il a fallu apprendre à la compter. Le premier compteur d’Edison était chimique : deux plaques de zinc que des employés démontaient et pesaient en laboratoire, hors de tout regard du client, sur un appareil gradué en pieds cubes de gaz pour ne pas dérouter la clientèle. Les premières factures d’électricité de l’histoire furent donc exprimées dans l’unité d’une autre énergie. L’histoire de la facture d’électricité déroule la suite : la course au compteur honnête, puis le coup de génie français de 1956, quand l’économiste Marcel Boiteux invente le prix qui oriente la consommation, ancêtre direct de nos heures creuses.

    Restait à comprendre ce que toute cette combustion transformait d’autre. En 1985, dans une petite ville autrichienne nommée Villach, des chercheurs qui étudiaient chacun le réchauffement depuis sa fenêtre, l’atmosphère, les océans, les glaces, croisent leurs résultats et s’alarment ensemble. Trois ans plus tard naît le GIEC, cette machine diplomatique unique où 195 gouvernements, pétroliers compris, approuvent ligne par ligne l’état de la science du climat, prix Nobel de la paix à l’appui. Lavoisier, encore : le carbone brûlé ne disparaît pas, il se transforme, et il a fallu un siècle pour accepter de regarder en quoi.

    La machine à transformer l’énergie en confort

    Un bâtiment est exactement cela : une machine à transformer des kilowattheures en degrés, en air respirable et en bien-être.

    Le chauffage d’abord, dont l’histoire croise étrangement le 14 juillet 1789. L’hiver 1788-1789 aligne 86 jours de gelée à Paris, record jamais égalé : à Versailles, le vin gèle dans les carafes du roi. Six mois plus tard, la Bastille tombe. Les historiens du climat ont fini par prendre cette coïncidence au sérieux : derrière la révolution politique, il y avait aussi, silencieux, un peuple qui avait eu froid, dans un royaume où l’on se chauffait comme quatre siècles plus tôt, un feu ouvert par foyer dont l’essentiel de la chaleur partait dans le conduit.

    Le froid ensuite, né d’un malentendu magnifique. À l’été 1902, dans une imprimerie de Brooklyn, l’humidité fait baver les encres ; un ingénieur de 25 ans, Willis Carrier, conçoit une machine pour assécher l’air, et invente sans le chercher la climatisation moderne. L’humanité aime le froid : des glacières perses de l’Antiquité capables de conserver la glace en plein désert, jusqu’au monde climatisé d’aujourd’hui, avec ses vies sauvées et ses rues réchauffées. Comment traiter et piloter les bons systèmes de confort d’été ?

    L’isolation, elle, fut longtemps affaire de bon sens : la longère qui tourne le dos aux vents d’ouest, l’étable sous le logis dont les bêtes chauffent le plancher. Puis la Reconstruction bâtit à toute vitesse des millions de logements sans un centimètre d’isolant, l’énergie ne coûtant rien, et il faudra le choc pétrolier pour que la France impose d’isoler, par l’arrêté fondateur de 1974. Notre histoire de l’isolation culmine à Regina, au Canada, où une maison expérimentale de 1977 se chauffait presque toute seule par moins 30 degrés. Comment faire baisser la facture du chauffage ?

    Restait l’air, le plus discret de nos sujets et le plus ancien de nos combats. Sept siècles séparent l’interdiction impuissante d’Édouard Ier et le capteur de CO2 des salles de classe, en passant par un médecin bavarois de 1858, Max von Pettenkofer, dont le seuil de bonne aération servira de référence pendant plus de 150 ans. La boucle s’est refermée en 2023 : mesurer l’air est devenu obligatoire dans les écoles, puis en 2025 dans les maisons de retraite. Et ce fil noue tous les autres, car chaque solution engendre le problème suivant : le charbon a chauffé les villes et empoisonné leur air, la climatisation sauve des vies et réchauffe les rues, l’isolation économise la chaleur et confine les polluants. Tout se transforme, disait le chimiste ; l’art du bâtiment consiste à choisir en quoi.

    Quand la température écrit l’histoire des gens

    Car au bout de la chaîne, il n’y a ni kilowattheures ni coefficients : il y a des gens, et c’est par eux que notre série a commencé. Par les élèves. Dans les écoles.

    Août 2003 restera l’épisode le plus grave de cette série. Pendant deux semaines, un dôme de chaleur s’installe sur la France et les nuits ne redescendent plus : environ 15 000 décès en excès dans le seul mois d’août, près de 20 000 sur l’année, 70 000 à l’échelle européenne. Et un chiffre qui a changé le regard du pays : 82% des victimes avaient plus de 75 ans. Cet été meurtrier se joue sans Isabelle Adjani et Alain Souchon (hélas !) : il fait comprendre à la France que le bâtiment est un équipement de santé publique ; de ce traumatisme sont nés le plan canicule et l’obligation d’une pièce rafraîchie dans les établissements accueillant nos aînés. 2026 nous apprendra qu’il faut aller plus loin.

    La leçon dépasse nos frontières. Chicago en 1995, Vancouver en 2021, Londres en 2022, Phoenix en 2023 : notre tour du monde des canicules urbaines montre partout la même mécanique, une ville minérale qui stocke la chaleur le jour et la restitue la nuit, et des inégalités qui décident qui souffre. La canicule n’est jamais seulement une température : c’est la rencontre d’un climat, de bâtiments, d’habitudes et d’une organisation sociale.

    Jusqu’aux salles de classe, enfin, où la chaleur attaque les apprentissages : des établissements devenus des bouilloires thermiques, trente élèves qui dégagent ensemble la puissance d’un radiateur de 3 000 watts, et une canicule qui contraignit la France, en juin 2019, à reporter les épreuves du brevet. Quand le thermomètre déplace les examens nationaux, le climat est entré dans le calendrier de la République.

    Ce que nous avons appris ensemble

    Pour utiliser le principe de Lavoisier une dernière fois :

    • La Terre fournit l’énergie (qui “est notre avenir” 😉 avec le GIEC) ; 
    • le bâtiment la transforme en confort ; 
    • le confort se transforme en santé, en concentration, en dignité pour un pensionnaire d’EHPAD ou un élève de troisième. 

    Rien ne se perd dans cette chaîne, tout se transforme, en bien être quand elle est gouvernée, en gaspillage et en souffrance quand elle ne l’est pas. Et à chaque maillon, le progrès décisif a toujours porté le même nom : mesurer. Le compteur qui a rendu la facture honnête, le seuil de Pettenkofer qui a rendu l’air lisible, la porte soufflante qui a rendu l’étanchéité vérifiable. Édouard Ier avait un décret et des fours à briser ; il a échoué. Nous avons dorénavant des sondes, des données et des automatismes ; nous n’avons plus d’excuse. On ne gouverne que ce qu’on mesure.

    Voilà pourquoi nous écrivons des articles sur l’énergie. Et nous continuerons de le faire. Parce que piloter un bâtiment, c’est se tenir au dernier maillon de cette chaîne de transformations, et qu’on tient mal un maillon dont on ignore l’aval. Parce qu’un client qui comprend décide mieux, et qu’un lecteur qui a souri en découvrant le compteur pesé d’Edison retiendra pour toujours pourquoi la mesure est une conquête. Et parce que nous apprenons nous mêmes à chaque article, ce qui est peut-être aussi la plus honnête des raisons d’écrire.

    Il était une fois l’énergie : dix histoires, 400 000 ans, et une aventure qui continue chaque matin dans les chaufferies, les courbes de charge et les consignes de vos bâtiments. Le prochain épisode ne s’écrira ni à Versailles, ni à Brooklyn, ni à Regina : il s’écrit dans les réglages de vos bâtiments. Nous serions heureux de l’écrire avec vous. Merci de nous avoir lus.

  • Éteindre ou baisser ? La réponse 

    Éteindre ou baisser ? La réponse 

    En attendant les programmes à la présidentielle, nous prenons le taureau par les cornes et osons lancer ce débat !

    Dispute annuelle d’automne et d’hiver en France. Elle éclate chaque année au bureau, en copropriété, en famille, au bureau : faut il couper le chauffage la nuit et le week end, ou le laisser tourner en baissant la température ? 

    Chaque camp a ses certitudes. Les partisans de l’arrêt : « chauffer des pièces vides, c’est jeter l’argent par les fenêtres ». Les partisans du maintien : « relancer un bâtiment froid consomme plus que ce qu’on a économisé, tout le monde sait ça ».

    Bonne nouvelle : la physique tranche une bonne partie du débat, la loi française a déjà tranché le reste au degré près (bonne nouvelle…?).

    La réponse fine dépend de votre bâtiment, de son isolation et de son poids. Ce que les deux camps oublient toujours. Voici l’article à ressortir à chaque dispute, sources officielles à l’appui.

    1. Deux idées simples qui règlent le débat

    Première idée : plus un bâtiment est chaud, plus il perd de chaleur. Un bâtiment chauffé fuit en permanence, par ses murs, ses fenêtres, son toit et l’air qu’il renouvelle. Et cette fuite a un moteur : l’écart entre la température intérieure et la température extérieure. Un bureau à 19 degrés quand il en fait 5 dehors perd sa chaleur à travers 14 degrés d’écart ; le même bureau à 16 degrés ne fuit plus qu’à travers 11 degrés d’écart, soit environ un cinquième de pertes en moins, à chaque heure. Pour l’illustrer : le bâtiment est un seau percé (la ventilation), et le niveau d’eau, c’est la température. Plus le seau est rempli, plus les fuites débitent. Maintenir 19 degrés toute la nuit pour personne, c’est garder le seau à ras bord pour arroser le trottoir. La conséquence est directe, et l’ADEME la chiffre : chaque degré en moins, c’est environ 7% de consommation de chauffage en moins [3]. Baisser gagne, toujours.

    Deuxième idée : la relance du lundi ne coûte pas plus cher, c’est un mythe. L’argument du camp du maintien semble frappé au coin du bon sens : remonter tout un bâtiment froid, cela doit bien engloutir ce qu’on a économisé ? Non, et voici pourquoi, sans aucune formule. La relance ne fait qu’une chose : remettre dans le bâtiment la chaleur qu’il a perdue pendant l’absence, ni plus, ni moins. Or un bâtiment qu’on a laissé refroidir a moins fui qu’un bâtiment maintenu au chaud, puisqu’il était plus froid, donc plus proche de la température extérieure, donc moins fuyard, c’est notre première idée. Il y a donc moins de chaleur à remettre qu’on n’en aurait dépensé à maintenir. Le pic de consommation du lundi matin impressionne, et c’est lui qui nourrit la légende ; mais c’est un sprint de 30 secondes qui remplace un marathon de 5 heures. Cela rembourse une dette réduite, là où le maintien paie un péage à chaque heure du week-end. Les thermiciens le démontrent rigoureusement en comparant les degrés heures des deux scénarios, ce cousin du degré jour unifié que nous avons présenté dans un précédent article [6] ; retenons la conclusion, qui vaut un premier théorème : baisser ou couper consomme toujours moins que maintenir.

    À ce stade, un lecteur pressé conclurait : coupons tout, tout le temps. Ce serait aller trop vite. La question suivante, c’est : dans votre bâtiment à vous, couper a-t-il plus d’impact que baisser ? Pour y répondre proprement, ouvrons le capot une minute : les équations sont simples, et elles disent tout.

    2. Pour les curieux : la démonstration en trois équations

    Cette partie s’adresse à ceux qui veulent la preuve complète ; les autres peuvent la survoler et retrouver le fil à la partie suivante, ils ne perdront que le plaisir de la démonstration.

    Première équation : la fuite. 

    La puissance de chauffage qu’un bâtiment réclame à chaque instant pour tenir sa température s’écrit, et c’est la base du dimensionnement de tout chauffage selon la norme européenne en vigueur [7] :

    Pertes = G × (Tint − Text)

    Tint est la température intérieure, Text la température extérieure, et G le coefficient de déperdition du bâtiment, exprimé en kilowatts par degré d’écart : un seul nombre qui résume la qualité de l’enveloppe, murs, vitrages, étanchéité et ventilation comprises. Un bâtiment bien isolé a un G petit, une passoire a un G énorme (et d’ailleurs son DPE sera G, ce qui est un hasard !). Les lecteurs de notre épisode sur l’isolation reconnaîtront un vieil ami : c’est ce même coefficient G que la première réglementation thermique française, celle de 1974, imposait déjà de limiter [5]. Appliquons la avec des chiffres ronds, que nous garderons jusqu’au bout : un bâtiment tertiaire de G = 2 kilowatts par degré, un week end à 5 degrés dehors. À 19 degrés dedans, l’écart est de 14 degrés et le bâtiment exige en permanence 2 × 14 = 28 kilowatts. À 16 degrés, l’écart tombe à 11 et la demande à 22 kilowatts : trois degrés de réglage, plus de 20% de puissance en moins, à chaque heure.

    Deuxième équation : la consommation d’une période est une aire. 

    Puisque la fuite de chaque heure vaut G fois l’écart de température du moment, la chaleur perdue sur tout un week-end s’obtient en additionnant ces écarts heure par heure. Les thermiciens appellent cette somme les degrés heures : c’est l’aire comprise entre la courbe de la température intérieure et celle de la température extérieure [6][8]. D’où la formule de la période :

    Énergie consommée = G × degrés heures de la période

    Et voici l’argument qui tue le mythe de la relance, en toute rigueur. Comparons deux week-ends qui commencent au même point, vendredi 18 heures à 19 degrés, et finissent au même point, lundi 8 heures revenus à 19 degrés. Entre ces deux instants identiques, le bâtiment n’a ni gagné ni perdu de chaleur en stock : tout ce que le chauffage a fourni, relance du lundi comprise, a exactement compensé ce qui a fui. La consommation du cycle complet, c’est donc G fois l’aire, un point c’est tout. Or la courbe du week end réduit ou coupé est, à chaque instant, en dessous de la ligne droite du week end maintenu à 19 : son aire est forcément plus petite, donc sa consommation aussi. C’est un théorème, pas une opinion : relance comprise, baisser ou couper consomme toujours moins que maintenir. Sur notre exemple : maintien à 19, un écart de 14 degrés pendant 60 heures, soit 840 degrés heures et 1 680 kilowattheures ; réduit à 16, environ 660 degrés heures et 1 320 kilowattheures, un cinquième d’économie ; arrêt complet dans une version légère du même bâtiment qui glisse jusque vers 8 degrés, autour de 840 kilowattheures, la moitié du maintien. La relance du lundi est déjà comptée dans tous ces chiffres, puisque c’est le cycle entier que l’équation mesure.

    Troisième équation : la vitesse de refroidissement. Reste à savoir jusqu’où descend un bâtiment coupé, et c’est ici qu’entre en scène la grandeur qui commande toute la partie suivante : la constante de temps, notée tau, définie par

    tau = C ÷ G

    où C est l’inertie du bâtiment, la chaleur stockée dans ses murs et ses dalles, et G toujours sa fuite. Chauffage coupé, la température ne tombe pas en ligne droite : elle glisse vers la température extérieure en ralentissant sans cesse, vite au début, interminablement à la fin, exactement comme un café brûlant refroidit vite puis tiédit sans fin ; tau mesure la lenteur de cette glissade, et cette notion d’inertie est si structurante que la méthode de calcul réglementaire française la prend explicitement en compte [8][9]. Un bâtiment léger et mal isolé, petit C et gros G, a un tau de quelques heures : coupé le vendredi, il rejoint presque la température extérieure avant le lundi. Un bâtiment massif et bien isolé, gros C et petit G, a un tau de plusieurs jours : coupé le vendredi, il n’a perdu que 4 ou 5 degrés le lundi matin. Tout le débat « couper ou baisser » tient dans ce seul nombre, et la partie suivante le traduit en langage courant.

    3. Tout dépend de votre bâtiment : l’isolation change la réponse

    Voici le chapitre que les deux camps de la dispute oublient systématiquement : la réponse n’est pas la même selon le bâtiment, et c’est l’isolation, alliée à l’inertie, qui fait la différence. Prenons deux bâtiments face au même week-end d’hiver, chauffage coupé le vendredi soir.

    Le premier est une passoire légère, construction d’avant 1974, murs minces, simple flux, préfabriqué. Privé de chauffage, il se vide de sa chaleur comme un bol de soupe oublié sur la table : en quelques heures, sa température plonge, et le lundi matin, il fait presque aussi froid dedans que dehors. Dans ce bâtiment, l’écart entre couper et baisser est énorme. Le laisser descendre en chute libre économise beaucoup, bien plus qu’un réduit à 16 degrés qu’il faudrait activement soutenir tout le week-end tant il fuit. Mais la médaille a son revers : la remontée du lundi est longue et brutale, les murs glacés mettent des heures à se réchauffer, et les occupants du lundi matin le sentent. La passoire est le seul cas où le camp du « on coupe tout » a franchement raison sur l’énergie, et le seul où il en paie vraiment le prix en confort.

    Le second est un bâtiment isolé et massif, murs épais et bien isolés, dalles de béton, construction récente ou rénovée. Privé de chauffage le vendredi, il se comporte comme un thermos : sa masse a stocké énormément de chaleur, son isolation l’empêche de fuir, et sa température glisse avec une lenteur remarquable, quelques degrés à peine d’ici le lundi. Nos lecteurs de l’épisode sur l’isolation reconnaîtront le duo à l’œuvre, celui de notre troisième équation : l’inertie C, la réserve de chaleur des murs, et le coefficient G, la fuite ; leur rapport, la constante de temps, est ici de plusieurs jours. Et dans ce bâtiment, voici le verdict qui clôt bien des disputes : couper ou baisser à 16, c’est exactement pareil. Coupé, il ne descendra de toute façon jamais jusqu’à 16 avant le lundi ; le thermostat réglé à 16 ne se déclenchera donc jamais ; les deux scénarios sont identiques au degré près. La grande dispute du vendredi soir y est, littéralement, sans objet. Le seul vrai gaspillage, dans un bâtiment isolé, c’est de maintenir 19.

    Entre ces deux extrêmes, tous les bâtiments réels se placent quelque part sur l’échelle, et c’est pour cela qu’aucune réponse universelle ne circule dans les dîners : chacun a raison pour son bâtiment et tort pour celui du voisin. La passoire gagne gros à couper, le thermos ne gagne rien de plus qu’à baisser, et dans les deux cas, celui qui maintient 19 degrés tout le week-end perd. Au passage, on comprend aussi pourquoi le débat s’éteindra de lui-même avec les années : plus la France isole, plus ses bâtiments deviennent des thermos, et plus la question « couper ou baisser » perd son enjeu au profit de la seule qui compte, baisser à combien.

    4. Ce que dit la loi : le débat est tranché par décret, au degré près

    Voici maintenant la partie moins connue, y compris chez les professionnels. Le code de l’énergie ne se contente pas de fixer la fameuse limite des 19 degrés en occupation ; il réglemente aussi la température des locaux inoccupés.

    L’article R. 241-26 du Code de l’Energie pose la base : dans les logements, bureaux, locaux d’enseignement et établissements recevant du public, la température moyenne de chauffage est limitée à 19 degrés en dehors des périodes d’inoccupation [1]. Et l’article R. 241-27 enchaîne, avec une précision que l’on croirait écrite pour trancher notre dispute : lorsque les locaux sont inoccupés pendant 24 à 48 heures consécutives, la limite descend à 16 degrés ; au-delà de 48 heures, elle tombe à 8 degrés [2]. Ces textes, hérités des chocs pétroliers et codifiés par le décret du 30 décembre 2015, sont toujours en vigueur [2].

    Voilà la doctrine officielle complète

    • Un week end ordinaire : la loi impose 16 degrés maximum. 
    • Un pont, des vacances, une fermeture :  8 degrés (en hors-gel).

    Notez la subtilité : même pour les longues absences, la loi ne dit jamais zéro, elle dit 8. Ni éteindre, ni maintenir : baisser, beaucoup, mais pas jusqu’au gel. Ce plancher n’est pas une timidité, et la partie suivante explique ce qu’il protège.

    5. Les trois pièges de l’arrêt total

    Si baisser gagne toujours en énergie, trois réalités de terrain viennent malgré tout punir l’arrêt complet mal placé, et ce sont elles qui donnent, parfois, raison au camp du maintien.

    Le piège de la pompe à chaleur. C’est la nuance moderne du débat, à l’heure où les PAC remplacent les chaudières à gaz. Prolongeons nos équations d’un facteur : la facture n’est pas l’énergie utile, c’est l’énergie utile divisée par le rendement de production. Une chaudière garde un rendement à peu près stable, l’équation du week-end reste donc vraie jusque sur sa facture. Une pompe à chaleur, non : son rendement, le COP, ce coefficient qui dit combien de kilowattheures de chaleur elle livre pour un kilowattheure d’électricité, se dégrade quand on lui demande de produire vite et fort à basse température extérieure, et beaucoup d’installations basculent alors sur une résistance électrique d’appoint qui chauffe trois fois plus cher [10]. Une relance brutale après un arrêt complet, c’est exactement ce scénario : l’aire économisée pendant l’arrêt peut se dissoudre dans le mauvais rendement de la remontée. Même prudence avec les émetteurs lents comme les planchers chauffants, qui demandent des heures. Avec ces équipements, le réduit modéré et progressif bat l’arrêt sec.

    Le piège de la puissance. La relance ne coûte pas plus d’énergie, mais elle exige beaucoup plus de puissance d’un coup : il faut compenser les fuites et recharger les murs en même temps. Cette pointe du lundi matin peut dépasser la puissance souscrite du site, et les dépassements se paient, ou tout simplement excéder ce que la chaufferie sait fournir, et la remontée s’éternise. Moins on est descendu, plus la pointe est douce.

    Le piège du froid qui abîme. Un local trop froid trop longtemps cesse d’économiser pour se dégrader. L’air chaud retient l’humidité ; quand les parois refroidissent, l’humidité se condense sur les points froids et les moisissures s’installent, avec les conséquences sur le bâti et la qualité de l’air que racontait notre dernier épisode. S’ajoutent le risque de gel des canalisations et l’inconfort de la reprise : dans une pièce aux murs froids, on a froid même quand l’air est remonté à 19, c’est l’effet de paroi froide, et les occupants compensent en poussant les consignes. Voilà ce que protège le plancher légal des 8 degrés.

    6. Le tableau final, selon la durée et selon le bâtiment

    Résumons la doctrine complète. Pour une nuit ou une journée d’absence : on baisse, on ne coupe pas ; l’ADEME recommande 19 degrés en occupation et 16 à 17 degrés la nuit [3]. Pour un week end : réduit franc à 16 degrés, c’est la loi autant que l’optimum, et dans un bâtiment bien isolé, c’est de toute façon équivalent à couper [2]. Pour une absence de plusieurs jours : réduit profond vers les 8 degrés réglementaires, un peu plus haut dans les bâtiments sensibles à l’humidité [2][3].

    Et l’arrêt total ? Il ne garde d’intérêt réel que dans le cas qui cumule tout : bâtiment léger et mal isolé qui refroidit vite, émetteurs rapides, chaudière au rendement stable, absence longue, aucun risque de gel ni d’humidité. C’est le pavillon peu isolé aux convecteurs électriques, fermé pour les vacances. Partout ailleurs, et dans tout le tertiaire isolé, le réduit bien choisi fait aussi bien en énergie, et mieux en facture, en confort et en préservation du bâtiment.

    7. La solution : ni éteindre, ni baisser. Programmer.

    Reste la dernière difficulté, celle qui fait échouer les meilleures intentions : quand relancer ? Trop tôt, et l’on chauffe des heures pour personne, c’est le cas de l’immense majorité des bâtiments tertiaires, dont les horloges sont réglées avec une marge de précaution héritée du jour le plus froid de l’hiver dernier. Trop tard, et les occupants arrivent dans le froid, réclament des chauffages d’appoint, et la direction enterre le réduit pour dix ans.

    C’est précisément le problème que les automatismes modernes ont résolu, et notre troisième équation dit comment : l’heure de relance idéale dépend de la constante de temps du bâtiment et de la température extérieure, deux grandeurs qui se mesurent. Une régulation évoluée, celle qu’exige le décret BACS pour les grandes installations tertiaires, apprend le tau réel du bâtiment, consulte la météo, et calcule chaque nuit l’heure exacte de redémarrage pour atteindre 19 degrés à la minute où les premiers occupants franchissent la porte ; c’est la fonction d’optimisation que la norme internationale sur les automatismes du bâtiment classe parmi les plus rentables, l’écart entre une gestion médiocre et une gestion performante se chiffrant en dizaines de pour cent sur l’énergie thermique [4][11]. Résultat : le réduit le plus profond et le plus long possible, sans une minute d’inconfort, et une heure de relance qui varie chaque jour au lieu d’être figée au pire cas. Le débat « éteindre ou baisser » est, au fond, un débat d’équipement pauvre : c’est parce qu’on ne disposait que d’un interrupteur qu’on se disputait entre tout et rien.

    La conclusion tient en trois phrases, à ressortir à chaque dispute d’automne. 

    • Baisser gagne toujours contre maintenir, et le mythe de la relance ruineuse est faux : on ne remet que la chaleur perdue, et un bâtiment plus froid en a perdu moins. 
    • Couper, c’est mieux que baisser dans les bâtiments mal isolés, et se paie ailleurs en rendement, en humidité ou en confort : plus votre bâtiment est isolé, plus la question disparaît d’elle même. 
    • Et la vraie performance n’est ni dans l’interrupteur ni dans le statu quo : elle est dans l’automatisation qui donne à chaque heure de la semaine la température juste. 

    Un bâtiment bien piloté n’est jamais ni allumé ni éteint ; il est exactement à la température qu’exige le moment.

    Sources

    1. Article R. 241-26 du code de l’énergie : limite moyenne de 19 degrés pour le chauffage des locaux d’habitation, d’enseignement, de bureaux ou recevant du public, en dehors des périodes d’inoccupation, Légifrance.
    2. Article R. 241-27 du code de l’énergie, issu du décret n° 2015-1823 du 30 décembre 2015 : limites de température moyenne de chauffage fixées à 16 degrés pour une inoccupation de 24 à 48 heures et à 8 degrés au delà de 48 heures, Légifrance.
    3. ADEME, recommandations sur les températures de chauffage (19 degrés en occupation, 16 à 17 degrés la nuit, réduit renforcé en absence prolongée) et ordre de grandeur d’environ 7 pour cent de consommation de chauffage par degré.
    4. Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 modifié relatif au système d’automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels (décret BACS), Légifrance ; fonctions de régulation et d’optimisation de relance définies par les normes européennes applicables à la gestion technique du bâtiment.
    5. Arrêté du 10 avril 1974 relatif à l’isolation thermique et au réglage automatique des installations de chauffage, Légifrance (première réglementation thermique française et coefficient G de déperdition).
    6. Physique du bâtiment : bilans en degrés heures et degrés jours unifiés, méthodes professionnelles de suivi des consommations (COSTIC, ADEME) ; voir notre article « Comprendre le degré jour unifié » sur foorier.fr.
    7. Norme NF EN 12831-1, Performance énergétique des bâtiments, méthode de calcul de la charge thermique nominale : déperditions proportionnelles à l’écart entre température intérieure et température extérieure de base.
    8. Normes NF EN ISO 52016 et 13790, calcul des besoins d’énergie pour le chauffage : bilans horaires et mensuels, prise en compte de l’inertie thermique et de la constante de temps du bâtiment.
    9. Méthodes de calcul réglementaires françaises Th-BCE et RE2020 (arrêté du 4 août 2021), CSTB : classes d’inertie thermique et comportement dynamique des bâtiments, Légifrance.
    10. ADEME, guides sur les pompes à chaleur : variation du coefficient de performance selon les conditions de fonctionnement et rôle de l’appoint électrique.
    11. Norme NF EN ISO 52120-1 (anciennement EN 15232), Contribution de l’automatisation à la performance énergétique des bâtiments : classes A à D des systèmes de gestion technique et gains associés, dont les fonctions d’optimisation de relance.

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    Ne jetez pas la chaufferie avec l’eau du bain : pré-visite BACS

    Chroniques d’une pré-visite BACS en pleine canicule : la réalité du terrain

    Nous sommes en plein mois de juin 2026, deuxième canicule de l’été. C’est dans ce contexte que j’ai effectué des visites d’EHPAD pour les travaux de conformité BACS dans les Hautes-Alpes et dans les Pyrénées-Orientales. La chance était de mon côté, la climatisation marchait dans mon train !

    Me voici alors dans un EHPAD en périphérie, la tête dans l’armoire de régulation située en chaufferie. Autour de moi, le ronronnement continu des pompes de circulation et la chaleur étouffante du sous-sol. Je discute avec un technicien de maintenance qui intervenait sur le site. Je lui demande si la régulation des unités intérieures est déjà centralisée ou si on peut facilement les interfacer : “Oh là là, malheureuse ! La clim souffle du froid, c’est déjà pas mal !”.

    Cette réaction n’a rien de malveillant. Elle illustre parfaitement la priorité du terrain : garantir un fonctionnement simple et stable… face à une réglementation BACS qui pousse vers une connectivité parfois perçue comme une couche de complexité en plus. Pour les équipes d’exploitation, l’urgence est d’éviter le coup de chaud ou l’appel d’urgence du personnel soignant. La gestion de la donnée, elle, passe au second plan.

    Le mythe des équipements « en carafe »

    Dans des résidences vieillissantes, on s’attend à trouver des CTA (Centrales de traitement de l’air) mourantes, des chaudières hors d’âge ou des systèmes à remplacer pour des centaines de milliers d’euros. Souvent, la réalité est tout autre : les équipements fonctionnent pour la plupart, les chaudières en cascade condensent, les pompes de bouclage et de charge tournent, les CTA soufflent, et les armoires hébergent des automates robustes. Le problème n’est pas mécanique mais réside dans l’accessibilité numérique. Les données du bâtiment sont emprisonnées dans la chaufferie surchauffée au sous-sol. Ou sur l’écran tactile d’une CTA exposé à la pluie et au plein soleil sur le toit. Ces systèmes disposent souvent de leurs propres adresses IP locales, d’interfaces web figées ou de bus de terrain (Modbus RS485 ou BACnet ou autre) qui ne communiquent pas avec les autres systèmes. Parfois, faute de Dossier des Ouvrages Exécutés (DOE) à jour, plus personne ne sait même comment accéder aux paramétrages des équipements.

    Le bâtiment produit de l’information en continu (températures de soufflage, pressions, alarmes d’extraction). Cette information ne sert à personne, bien que les techniciens et le personnel veuillent réguler le rafraîchissement de manière agile en fonction de l’exposition des façades.

    Trois acteurs et un découplage : la chaîne cassée du pilotage énergétique

    Trois acteurs sont concernés dans ce cas de figure :

    • Le propriétaire : il paie les factures, a l’obligation légale du décret BACS mais le pilotage du bâtiment reste une boîte noire. Il sait qu’il doit investir pour la transition énergétique, mais navigue à vue sans aucun tableau de bord consolidé sur l’ensemble de son patrimoine.
    • Le mainteneur : il veut éviter les pannes lourdes, et pour qui la régulation fine ou la connectivité est perçue comme un risque ou une surcharge inutile. Son contrat l’engage sur des températures de consigne globales et de la continuité de service, pas sur l’optimisation au kilowattheure près.
    • L’utilisateur sur le terrain : le personnel et les résidents subissent l’inconfort l’été ou les hottes de cuisine capricieuses. C’est aussi le chef cuisinier qui s’agace contre une extraction qui saute en pleine préparation, ou la soignante qui voit la température grimper dans les chambres plein Sud alors que la consigne de ventilation est figée à 24°C pour tout l’établissement.

    Ce découplage a parfois pour conséquence des consignes de température non décidées par les personnes concernées, et appliquées à tout le bâtiment faute de granularité, ce qui crée du gaspillage énergétique et de l’inconfort, notamment en pleine canicule.

    L’enquête terrain : construire la BOM, passeport du bâtiment connecté

    Avant d’installer le moindre capteur, tout commence par une enquête de police et d’archéologie technique. Sur le terrain, mon objectif principal est de dresser notre BOM (Bill of Materials) : une cartographie minutieuse qui identifie, pièce par pièce et équipement par équipement, tout ce qui devra être intégré dans le BACS.

    L’audit ne se limite pas à la chaufferie : il balaye l’intégralité du bâtiment et détaille les matériels à intégrer dans chaque zone :

    • En chaufferie et sous-sol (la génération) : on inventorie les automates existants et les cascades de chaudières. On y identifie l’impact direct : l’ajout d’une carte d’interface pour dialoguer avec la régulation, le montage de passerelles Modbus RTU/Ethernet, et l’installation d’alimentations en courant continu dédiées dans l’armoire.
    • Au TGBT et dans les locaux techniques (le comptage) : on passe au crible les arrivées électriques et fluides. On planifie la pose de compteurs au niveau du départ de la buanderie ou des cuisines, la fixation de débitmètres avec sondes thermiques directement sur les tuyauteries, et le raccordement d’émetteurs d’impulsions LoRaWAN sur les compteurs généraux d’eau et de gaz.
    • Dans les chambres, bureaux et zones de vie (l’émetteur et le confort) : c’est là que l’impact est le plus concret pour les occupants. Dans chaque chambre ou zone rafraîchie, on identifie les unités intérieures de climatisation pour y intégrer une passerelle Wi-Fi. On prévoit des capteurs d’ambiance température/humidité discrètement positionnés, des têtes thermostatiques connectées sur les radiateurs, ou des modules de régulation pour planchers chauffants.
    • En toiture et en cuisine (la ventilation et l’extraction) : sur les Centrales de Traitement d’Air (CTA) et les caissons d’extraction de VMC ou de cuisine, la pré-visite détermine les relais connectés à installer. 
    • Dans la baie informatique : on vérifie les switches du site et l’emplacement où sera implanté le cerveau du réseau : un mini-serveur local souverain, son alimentation et la passerelle LoRa/BACnet.

    Le cœur de la pré-visite se joue l’armoire électrique ouverte, lampe torche en main, pour s’assurer que chaque pièce matérielle prévue rentrera sans bousculer l’existant. On traque les ports RJ45 libres sur les automates, la place sur rail DIN, l’alimentation disponible, ou la nécessité de poser un bridge Wi-Fi local quand tirer un câble réseau jusqu’au toit est impossible. Et quand les étiquettes sont illisibles, on rouvre les épais classeurs de DOE (Dossier des Ouvrages Exécutés) pour vérifier chaque départ.

    Le travail d’inventaire zone par zone est la condition sine qua non d’un projet réussi : il est nécessaire pour établir un chiffrage matériel correct tout en sachant exactement quelle pièce du bâtiment va gagner en intelligence.

    L’enjeu : traduire la donnée technique en aide à la décision

    Une fois l’infrastructure matérielle posée grâce à la BOM, notre objectif est de connecter ces appareils en ajoutant une surcouche ouverte via une passerelle réseau et le superviseur. L’essence de cette démarche ne consiste pas à superposer de belles courbes de températures sur un écran que personne ne regardera. L’enjeu est beaucoup plus ambitieux : il s’agit d’industrialiser la donnée de la chaufferie pour la traduire en informations utiles, compréhensibles et adaptées aux différents acteurs pour optimiser confort, consommation, et travaux d’amélioration du bâtiment.

    Pour le propriétaire, l’interface devient un outil financier d’une redoutable précision. La plateforme s’articule autour d’un diptyque clair qui découple ce que nous optimisons de ce que le client choisit :

    • Les économies réalisées : le chiffre opposable (en kWh et euros), avec la baisse mesurée de la facture, calculée de manière automatisée par rapport à l’historique du bâtiment.
    • Le gaspillage évité : la valeur économique de l’énergie non consommée grâce à notre optimisation technique, indépendamment des choix de confort de l’établissement (excellent indicateur même si le client choisit de chauffer fort).

    Pour le personnel soignant et l’exploitant, le superviseur devient le poste de pilotage du confort et de la robustesse : ils peuvent enfin surveiller les alertes canicule de manière automatisée, traiter les dérives en temps réel (comme une vanne défaillante), et ajuster les températures, zone par zone, en fonction de l’exposition des pièces ou des plannings d’occupation.

    En sortant la donnée des sous-sols pour la rendre accessible à tous via des tableaux de bord, nous transformons une vieille armoire électrique en un outil collaboratif d’aide à la décision. Ce système couvre non seulement le risque réglementaire (décret BACS, décret Tertiaire), mais il apporte sa propre rentabilité, sans nécessiter d’heures d’ingénierie et des centaines de milliers d’euros d’investissements matériels.

    Reprendre les clés de son bâtiment

    Face aux canicules à répétition, ajuster la température zone par zone en fonction de l’exposition et suivre ses consommations est le strict minimum. C’est une question de sobriété, mais aussi de santé publique lorsqu’il s’agit de protéger des personnes vulnérables en EHPAD. Face à cette exigence, le décret BACS est l’occasion pour les propriétaires de reprendre possession des données de leur propre bâtiment.

  • Épisode 2 — 2003, l’été meurtrier

    Épisode 2 — 2003, l’été meurtrier

    Comment mieux protéger nos aînés, grâce aux bâtiments ?

    Il était une fois un mois d’août pas comme les autres.

    Femme en rouge soufflant du feu sur un homme agé

    Au cours de la première quinzaine d’août 2003, la France a vécu une vague de chaleur exceptionnelle par son intensité, sa durée et son étendue géographique. Météo-France la considère encore aujourd’hui comme la plus sévère survenue dans le pays depuis le début des relevés modernes. Pendant près de deux semaines, les températures ont dépassé les normales saisonnières dans une grande partie du territoire. Jour après jour, nuit après nuit, aucune respiration, ni fraîcheur, sur le territoire.

    Plusieurs mécanismes expliquent cette sévérité. Sur le plan atmosphérique, un puissant blocage anticyclonique s’est installé au-dessus de l’Europe de l’Ouest, déviant les perturbations océaniques et maintenant un dôme d’air chaud immobile. Ce blocage a été précédé d’une sécheresse printanière marquée. Les sols, privés d’humidité, ne pouvaient plus se rafraîchir par évaporation, si bien que l’essentiel du rayonnement solaire s’est transformé en chaleur directe au niveau du sol. 

    Le facteur le plus meurtrier a souvent été mal compris sur le moment. Ce ne sont pas seulement les pics de l’après-midi qui ont tué, mais l’absence de répit nocturne. Les nuits sont restées si chaudes que les organismes n’ont jamais pu récupérer. Or c’est la nuit que le corps évacue la chaleur accumulée, à condition que le logement se rafraîchisse lui aussi. Quand la température intérieure ne redescend pas, la contrainte devient continue. À cette mécanique s’est ajoutée une pollution à l’ozone aggravée par l’absence de vent, qui a amplifié les troubles respiratoires.

    Le bilan a sidéré le pays. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale a estimé la surmortalité à environ 15 000 décès supplémentaires en France pour le seul mois d’août. En tenant compte de l’effet retard observé jusqu’à la fin de l’année, la surmortalité atteint près de 20 000 décès. À l’échelle européenne, le projet de recherche coordonné par le démographe Jean-Marie Robine a chiffré environ 70 000 décès sur l’ensemble de l’été. Une crise sanitaire d’une ampleur comparable à une épidémie majeure.

    La corrélation que personne n’avait anticipée à l’époque :
    la chaleur frappe selon l’âge

    Le fait le plus marquant de 2003 n’est pas seulement le nombre de morts. 

    C’est le profil des personnes décédées : la mortalité n’a pas frappé la population au hasard. C’est le cœur de cette histoire: selon le rapport remis à l’Inserm et repris par la mission d’information du Sénat, les personnes de plus de 75 ans ont représenté 82 % des victimes. Autrement dit, quatre décès sur cinq ont concerné les plus âgés.

    Les raisons sont d’abord physiologiques. Avec l’âge, la perception de la chaleur s’émousse et la sensation de soif diminue, si bien qu’une personne âgée peut se déshydrater sans ressentir le besoin de boire. La capacité du corps à se rafraîchir par la transpiration se dégrade également, ce qui réduit le principal mécanisme naturel de régulation thermique. Une personne âgée peut ainsi basculer en hyperthermie sans percevoir le danger, jusqu’au coup de chaleur qui met en jeu le pronostic vital.

    Le personnage Foorier donne de l'eau aux personnes âgées

    À cette vulnérabilité de fond s’ajoutent des facteurs aggravants bien identifiés. Les maladies chroniques comme le diabète ou l’insuffisance cardiaque réduisent les marges d’adaptation. La perte d’autonomie empêche d’agir simplement : ouvrir une fenêtre la nuit, fermer un volet le jour, se déplacer vers un endroit plus frais. Certains traitements, notamment les diurétiques, amplifient la déshydratation. Les analyses de l’Inserm montrent par ailleurs que la surmortalité relative a été encore plus prononcée chez les femmes : l’espérance de vie n’était plus une statistique, c’était devenu un facteur de risque. La chaleur ne crée pas ces fragilités, elle les exploite.

    Le lieu du décès éclaire la suite de l’histoire. L’excès de mortalité a été le plus marqué pour les décès survenus à domicile, avec environ 5 130 décès. Toutefois, même dans des espaces de vie moins isolée, cela n’a pas forcément été beaucoup mieux :  dans les hospices et maisons de retraite, avec environ 2 574 décès, la mortalité a presque doublé à cause de la vague de chaleur. Il a été plus contenu en clinique privée et à l’hôpital. Ces lieux censés protéger les plus vulnérables se sont parfois comportés comme des pièges thermiques, ce qui déplace la question du seul champ médical vers celui du bâtiment.

    Un drame urbain, où le bâtiment a fait la différence

    La surmortalité n’a pas suivi un simple gradient de température. 

    Les régions méridionales, pourtant exposées à des maximales extrêmes, ont connu une hausse de mortalité inférieure à la moyenne nationale, notamment parce que leurs habitants et leur bâti étaient mieux adaptés à la chaleur. À l’inverse, l’épisode a pris l’allure d’une catastrophe dans le nord, le centre et l’est, et tout particulièrement dans les zones urbaines. L’Île-de-France et la région Centre ont figuré parmi les plus durement touchées, tandis que la Bretagne a été l’une des moins affectées.

    Le drame fut éminemment urbain, amplifié par le phénomène d’îlot de chaleur urbain qui maintient la nuit des températures élevées au cœur des villes. À Paris, la mortalité a augmenté de près de 190 % au plus fort de l’épisode. La configuration du bâti a joué un rôle direct. Les chambres situées sous les toitures en zinc, peu isolées, se sont transformées en fournaises pour les personnes âgées isolées qui y vivaient. Le message est limpide. À chaleur extérieure comparable, c’est la qualité thermique du logement qui a séparé le danger du simple inconfort.

    Le tribut des établissements pour personnes âgées

    Le constat de la surmortalité en établissement spécialisé a particulièrement marqué les pouvoirs publics, car ces résidents étaient pris en charge, le plus souvent en raison d’une perte d’autonomie. On pouvait donc en attendre une protection supérieure à celle d’un domicile isolé. La commission d’enquête de l’Assemblée nationale et la mission du Sénat ont mis en évidence une réalité dérangeante. L’impact a été extrêmement hétérogène d’un établissement à l’autre, certaines structures ayant perdu une part très importante de leurs résidents, y compris dans des régions réputées moins exposées à la chaleur.

    Plusieurs causes structurelles ont été identifiées. 

    En août 2003, la quasi-totalité des établissements ne disposait d’aucun espace collectif rafraîchi. Les bâtiments avaient été conçus pour la France au climat tempéré, pour passer l’hiver ; des bâtiments, souvent mal protégés du soleil et faiblement isolés, accumulaient la chaleur sans pouvoir l’évacuer la nuit. À cette vulnérabilité du bâti s’est ajoutée une vulnérabilité organisationnelle, la crise survenant au cœur de l’été, période de moindre présence des personnels soignants, ce qui a réduit la capacité de surveillance et d’hydratation des résidents les plus dépendants. Le bâtiment, censé abriter, est devenu une partie du problème.

    Ce que la France a appris et décidé

    Une crise de cette ampleur ne pouvait rester sans suite. 

    Les travaux parlementaires ont d’abord pointé une faille majeure. En 2003, la France ne disposait d’aucun dispositif de détection de la surmortalité en temps réel. Les certificats de décès circulaient encore largement sur papier, ce qui a retardé la prise de conscience de plusieurs jours. De cette leçon est né le Système d’alerte canicule et santé, qui croise depuis lors prévisions météorologiques et indicateurs sanitaires.

    La pièce maîtresse du dispositif est le Plan national canicule, actif chaque année du 1er juin au 15 septembre, articulé autour de quatre niveaux de vigilance, de la veille saisonnière à la canicule extrême. Il s’appuie sur la vigilance de Météo-France et déclenche des mesures graduées, du renforcement de la surveillance des personnes fragiles à l’activation des plans d’urgence et au recensement des lieux rafraîchis par les communes.

    Au niveau des établissements spécialisés, deux obligations structurantes sont issues de cette période. D’abord le Plan bleu, prévu par l’article D. 312-160 du Code de l’action sociale et des familles, qui désigne un référent de crise et organise la conduite à tenir. Ensuite l’obligation, posée par l’article D. 312-161 et précisée par le décret et l’arrêté du 7 juillet 2005, de disposer d’au moins un local ou une pièce rafraîchis accessibles aux résidents. La Haute Autorité de santé recommande d’y maintenir une température de l’ordre de 25 à 26 degrés. Les communes tiennent par ailleurs un registre des personnes âgées ou isolées afin d’organiser un suivi lors des alertes. Ces dispositifs ont indéniablement sauvé des vies.

    Vingt ans après, 2003 n’est plus une exception

    2003 ne serait qu’un souvenir douloureux si le climat n’avait pas continué de se réchauffer.

    Les données officielles et rapports experts décrivent une accélération nette. Météo-France recense 51 vagues de chaleur en France depuis 1947, dont les deux tiers se sont produites depuis le début du XXIe siècle, et la moitié après 2010. La France métropolitaine s’est déjà réchauffée d’environ 1,9 degré depuis le début du XXe siècle.

    La trajectoire à venir est documentée. Le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat établit que l’influence humaine rend les vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus précoces. Météo-France projette, pour le milieu du siècle, environ deux fois plus de vagues de chaleur que sur la période de référence récente, et résume l’enjeu d’une formule qui devrait retenir l’attention de tout gestionnaire de bâtiment. Dans une France à 4 degrés, la canicule de 2003 deviendra banale.

    personnage foorier qui tient la main à un couple sur des lits d'ehpads

    Les étés récents confirment cette bascule. 

    L’été 2022, suivi par l’été 2025 parmi les plus chauds… La bonne nouvelle est que l’adaptation a en partie fonctionné. Grâce à la vigilance et aux protocoles, la mortalité relative est restée nettement inférieure à celle de 2003. La mauvaise nouvelle est que le bilan absolu demeure lourd, et que les plus de 75 ans continuent de représenter la grande majorité des victimes, selon Santé publique France. Le risque depuis 2003 n’est donc pas totalement levé. Il revient chaque été, avec une acuité particulière pour les personnes restées à domicile, souvent isolées et mal protégées.

    Le refroidissement : utiliser avec intelligence les atouts en France

    Face à ce constat, la tentation est d’ajouter du froid partout, en multipliant les climatiseurs. 

    Pour les résidences spécialisées, la réglementation n’impose qu’un seul espace collectif rafraîchi. Pas la climatisation de chaque chambre. Une part importante de la journée et la totalité des nuits se vivent donc ailleurs que dans ce refuge, dans des chambres qui peuvent dépasser les seuils de danger. La pièce rafraîchie est une protection ponctuelle, pas une protection permanente.

    Selon l’Agence internationale de l’énergie, le refroidissement de confort est l’un des usages électriques qui croissent le plus vite dans le monde. Il représente déjà près de 20 % de l’électricité consommée dans les bâtiments, et sa demande va augmenter à l’horizon 2050. Les émissions indirectes liées au refroidissement ont presque triplé entre 1990 et 2022. Le mécanisme forme une boucle. Plus il fait chaud, plus on climatise. Plus on climatise, plus on émet. Plus on émet, plus il fait chaud. Multiplier les appareils dans des bâtiments mal conçus revient à consommer beaucoup pour un confort médiocre, tout en alimentant la chaleur de demain.

    Toutefois, la France dispose d’une énergie pilotable décarbonée abondante, grâce au nucléaire et à l’hydraulique. Ce parc permet de passer l’hiver avec le chauffage et permet aussi d’exporter. Cet atout permet donc d’envisager de la climatisation à faible impact énergétique au niveau français. Et les énergies renouvelables intermittentes, notamment le solaire, sont une source supplémentaire d’énergie pour passer les pics de chaleur : le panneau solaire tourne à plein régime au moment où le soleil chauffe.

    Ces solutions doivent être bien conçues et avec les équipements permettant de limiter leur impact environnemental, bien sûr. Toutefois, malgré leurs atouts et leur bénéfice sur la santé pendant les périodes de chaleur, elles souffrent globalement d’une image négative, suite au catéchisme anti-climatisation.

    Enfin, les climatisations sont dorénavant intégrées dans les pompes à chaleur (PAC) réversibles. A ce titre là, il devient incohérent de faire des installations de PAC sans y inclure la climatisation : pourquoi installer un équipement qui ne convient plus au climat et va laisser l’inconfort d’été – voire un risque sur la santé – au bâti ? En remplaçant par une PAC réversible un chauffage au fioul ou au gaz, équipement usuel d’un logement ou immeuble de résidence spécialisé, l’impact sur l’environnement devient rapidement positif !

    Concevoir un bâtiment qui tient la chaleur

    La protection durable se joue également dans la performance même du bâtiment. 

    Les travaux du Cerema, de l’ADEME et du Centre scientifique et technique du bâtiment convergent sur une approche bioclimatique, qui agit sur le bâti. Le premier levier est de protéger le bâtiment des apports solaires, par des protections extérieures sur les vitrages, par le traitement des toitures et par une inertie suffisante. Le second est d’évacuer la chaleur accumulée, grâce à la ventilation nocturne qui déstocke pendant la nuit l’énergie emmagasinée le jour.

    Cette exigence est désormais inscrite dans la réglementation environnementale RE2020, qui a renforcé l’indicateur de confort d’été et intégré dans ses calculs une séquence caniculaire représentative de l’été 2003. Les pouvoirs publics l’ont prolongée avec le programme Adapt Bâti Confort, porté par l’ADEME, le CSTB et le Cerema, qui vise à diffuser des solutions sobres, passives ou hybrides, pour les bâtiments résidentiels et tertiaires les plus exposés.

    Adapter le bâti existant reste toutefois complexe, et c’est un point que les gestionnaires connaissent bien. La réglementation impose certes d’embarquer une isolation thermique à l’occasion de travaux importants de ravalement ou de toiture, mais elle prévoit aussi des dérogations. Dans les secteurs patrimoniaux et aux abords des monuments historiques, toute modification de l’aspect extérieur requiert l’accord de l’Architecte des Bâtiments de France, ce qui peut conduire à écarter l’isolation par l’extérieur pour préserver les façades. Une nuance honnête doit enfin être posée. Lors des canicules les plus fortes, les mesures passives seules ne suffisent plus à garantir un confort sûr pour des occupants aussi fragiles. C’est précisément là qu’intervient le pilotage.

    Du passif au piloté : la gestion technique au service de la protection

    Concevoir un bâtiment sobre est nécessaire, mais ne suffit pas si personne ne l’exploite finement. La gestion technique du bâtiment, ou GTB, est l’outil qui transforme un bon bâtiment en bâtiment réellement protecteur. Elle permet d’asservir ventilation, occultations et rafraîchissement aux conditions réelles, heure par heure et pièce par pièce, en croisant la météo, l’occupation et l’inertie du lieu.

    Concrètement, un tel pilotage ferme les protections solaires aux heures critiques, déclenche la surventilation dès que l’air extérieur devient plus frais que l’air intérieur, et ne mobilise le rafraîchissement actif que lorsque les solutions passives atteignent leur limite. Surtout, il surveille en continu et détecte les dérives. Une chambre qui monte anormalement en température peut être identifiée avant que la situation ne devienne dangereuse. Le confort cesse d’être une affaire de chance pour devenir une donnée mesurée et maîtrisée. Loin d’opposer santé des occupants et sobriété énergétique, le pilotage réconcilie les deux objectifs.

    La méthode : audit, conception et pilotage continu

    Pour qu’un bâtiment protège réellement ses occupants, ces leviers doivent s’enchaîner dans une démarche cohérente, du diagnostic à l’exploitation. Le premier temps est l’audit. On ne protège bien que ce que l’on a d’abord mesuré et compris. Il s’agit de cartographier le comportement thermique du bâtiment, d’identifier où et quand il surchauffe, et de hiérarchiser les actions. Cette étape évite l’erreur fréquente qui consiste à faire des travaux ou à suréquiper à l’aveugle un bâtiment dont le vrai défaut est une protection solaire absente ou une ventilation défaillante.

    Le deuxième temps est la conception et l’installation, pour déployer les bonnes solutions, en adaptant de façon équilibrée les solutions passives et actives, ainsi que la gestion technique qui les pilotera, au juste niveau de performance et sans surdimensionner la puissance de refroidissement. C’est aussi l’étape, trop souvent négligée, de la mise en service rigoureuse, qui garantit que l’installation tient réellement les promesses du projet. Le troisième temps est le pilotage continu, qui maintient la performance dans la durée, détecte et traite les alertes et les dérives saison après saison. Cette continuité distingue l’exécution de la simple recommandation. Un diagnostic sans mise en œuvre ni suivi ne protège personne et ne réduit aucune consommation.

    Morale de l’histoire

    L’été 2003 nous a appris une vérité dérangeante. Nos bâtiments décident, en partie, de qui survit à la chaleur. La corrélation avec l’âge en fait une question de société, car ce sont nos aînés, les plus fragiles, qui paient le prix fort, et c’est dans les lieux censés les protéger que la surmortalité a parfois été la plus forte.

    Vingt ans plus tard, le climat se réchauffe et les canicules se rapprochent, au point que l’événement d’exception d’hier deviendra l’ordinaire de demain. Préserver les personnes âgées ne sera pas seulement affaire de protocoles et de surveillance, aussi indispensables soient ils. 

    Ce sera de plus en plus une question de performance énergétique. Des bâtiments conçus pour ne pas chauffer, pilotés pour rester sûrs, et rafraîchis juste, sans gaspillage. La meilleure protection contre la chaleur de demain commence par les toits qui nous abritent aujourd’hui.

    Prochain épisode de « Il était une fois… l’énergie » : à venir.

    Sources vérifiées

    Climat et météorologie de 2003

    1. Météo-France, Il y a 20 ans, la canicule de 2003.  meteofrance.com
    2. Géoconfluences (ENS de Lyon), Une vague de chaleur meurtrière : les enseignements de l’été 2003 en France.  geoconfluences.ens-lyon.fr
    3. Eurosurveillance, Mortality impact assessment of the 2003 heat wave in France (revue à comité de lecture).  eurosurveillance.org

    Surmortalité, âge et territoire

    1. Inserm, Surmortalité liée à la canicule d’août 2003, rapport final (D. Hémon et É. Jougla), 2004.  inserm.fr
    2. Santé publique France (ex-InVS), Impact sanitaire de la vague de chaleur d’août 2003 et Surmortalité liée à la canicule de 2003.  santepubliquefrance.fr
    3. Assemblée nationale, Rapport de la commission d’enquête sur les conséquences sanitaires et sociales de la canicule (C. Evin et F. d’Aubert), 2004.  assemblee-nationale.fr
    4. Sénat, La France et les Français face à la canicule : les leçons d’une crise, rapport d’information.  senat.fr/rap/r03-195
    5. Insee, Plus de décès pendant l’épisode de Covid-19 du printemps 2020 qu’au cours de la canicule de 2003, Insee Première n° 1816.  insee.fr

    Dispositifs de prévention et cadre réglementaire

    1. Ministère chargé de la Santé, La gestion sanitaire des vagues de chaleur (Plan national canicule).  sante.gouv.fr
    2. Haut Conseil de la santé publique, Le système d’alerte canicule et santé.  hcsp.fr
    3. Météo-France, Comprendre la vigilance canicule.  meteofrance.com
    4. Service-Public.fr, Canicule : se protéger et protéger ses proches, et Observatoire de l’adaptation au changement climatique.  service-public.gouv.fr ; adaptation-changement-climatique.gouv.fr
    5. Légifrance, articles D. 312-160 et D. 312-161 du Code de l’action sociale et des familles ; décret et arrêté du 7 juillet 2005.  legifrance.gouv.fr

    Tendances climatiques et bilans récents

    1. Météo-France, Changement climatique : quel impact sur les vagues de chaleur ? et Le climat futur en France.  meteofrance.com
    2. GIEC, sixième rapport d’évaluation, contribution du Groupe de travail I, 2021.
    3. Santé publique France, Fortes chaleurs, canicule : données (bilans des étés récents).  santepubliquefrance.fr
    4. Notre-environnement (service public d’information environnementale), Bilan sanitaire de l’été 2025.  notre-environnement.gouv.fr

    Bâtiment, rénovation et énergie

    1. Cerema, Réglementation environnementale 2020 et confort d’été ; Améliorer le confort d’été en logements collectifs ; Agir contre la surchauffe dans les écoles.  cerema.fr
    2. ADEME, CSTB et Cerema, programme Adapt Bâti Confort (Plan national d’adaptation au changement climatique).  cerema.fr
    3. Ministère de la Transition écologique, Exigences réglementaires pour les travaux de rénovation (arrêté du 3 mai 2007 modifié, obligation d’isolation à l’occasion de travaux).  rt-re-batiment.developpement-durable.gouv.fr
    4. Service-Public et Ministère de la Culture, Réaliser des travaux aux abords d’un monument historique et rôle de l’Architecte des Bâtiments de France.  culture.gouv.fr ; entreprendre.service-public.gouv.fr
    5. Agence internationale de l’énergie, The Future of Cooling.  iea.org/reports/the-future-of-cooling
  • Property managers : le BACS n’est pas votre problème. Jusqu’à ce que ça le soit.

    Property managers : le BACS n’est pas votre problème. Jusqu’à ce que ça le soit.

    Philippe Kalousdian / Laurent Dherbecourt

    « Je ne suis pas propriétaire ». Voilà la réponse que l’on entend le plus souvent lorsqu’on interroge un property manager sur le décret BACS. Et techniquement, c’est juste. Le property manager gère des actifs pour le compte d’un tiers — un fonds, un investisseur institutionnel, une famille patrimoniale. Il ne signe pas les permis de construire. Il n’est pas inscrit au registre foncier comme propriétaire. Alors pourquoi serait-il concerné par une réglementation qui s’adresse aux propriétaires de bâtiments tertiaires ?

    Parce que dans la pratique, c’est lui qui gère. Lui qui négocie les baux. Lui qui supervise les prestataires techniques. Lui que le locataire appelle quand la chauderie flanche par -5°C. Lui qui présente les rapports de performance au board de l’investisseur. Et demain, lui que l’on tiendra pour responsable si un actif voit sa valeur décroître faute de mise en conformité énergétique.

    Cet article leur est dédié. Non pas pour les effrayer, mais pour décrire très précisément ce que le décret BACS change dans leur métier, pourquoi le report de l’échéance à 2030 est une fausse bonne nouvelle, et comment transformer cette contrainte réglementaire en levier de performance et de différenciation.

    1. Ce que dit le décret BACS — et à qui il parle vraiment

    Le décret BACS (décret 2023-259 du 7 avril 2023) impose aux propriétaires de bâtiments tertiaires l’installation d’un système d’automatisation et de contrôle des bâtiments, plus connu sous l’acronyme GTB (Gestion Technique du Bâtiment). L’objectif est de permettre le pilotage automatique des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC), la collecte des données de consommation énergétique en temps réel, et l’ajustement continu des réglages en fonction des besoins réels du bâtiment.

    Les échéances initiales étaient au 1er janvier 2025 pour les installations dont la puissance nominale dépasse 290 kW, et au 1er janvier 2027 pour celles dépassant 70 kW. Un ajustement réglementaire publié fin 2025 a reporté la seconde échéance au 1er janvier 2030, notamment pour éviter un engorgement du marché de l’installation GTB. Les bâtiments équipés de systèmes CVC de plus de 290 kW, en revanche, sont déjà soumis à l’obligation depuis le 1er janvier 2025.

    Le texte vise formellement les « propriétaires ». Mais le propriétaire d’un actif immobilier tertiaire est rarement celui qui en assure la gestion opérationnelle au quotidien. C’est le property manager qui, dans le cadre de son mandat, dispose de la visibilité sur l’état technique des installations, négocie les contrats de maintenance, anticipe les travaux et rend compte de la performance à l’investisseur. Il est, dans les faits, l’interlocuteur naturel de la mise en conformité BACS.

    2. Le report à 2030 : une fausse bonne nouvelle

    Beaucoup de property managers ont accueilli avec soulagement la nouvelle du report de l’échéance de 2027 à 2030. Trois ans de marge supplémentaire, c’est tentant de ranger le dossier dans le tiroir « priorités futures ». C’est une erreur.

    Premièrement, le report ne concerne que la tranche 70-290 kW. Les actifs de grande taille — sièges sociaux, centres commerciaux, grands ensembles de bureaux — sont d’ores et déjà en situation de non-conformité si aucune GTB conforme n’a été installée. Pour un property manager gérant un portefeuille multi-actifs, il est probable qu’une partie de ses immeubles soit concernée dès aujourd’hui.

    Deuxièmement, le report BACS ne suspend nullement les obligations du Décret Tertiaire, qui court en parallèle avec ses propres jalons : -40 % de consommation énergétique en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050. Or, la GTB est précisément l’outil qui permet de tenir cette trajectoire. Attendre 2029 pour installer un système BACS, c’est se priver de plusieurs années de données d’exploitation, perdre la possibilité d’identifier les dérives en amont, et compromettre l’atteinte des objectifs 2030 fixés par le Décret Tertiaire — dont les sanctions, elles, sont bel et bien prévues. Le « name and shame » et les amendes jusqu’à 7 500 € pour les personnes morales sont ainsi explicitement prévus en cas de non-respect du Décret Tertiaire.

    Troisièmement, l’urgence n’est pas uniquement réglementaire. Elle est marché. Les locataires de bureau à haute valeur ajoutée — les entreprises du CAC 40, les cabinets internationaux, les ETI avec des engagements RSE ambitieux — insèrent de plus en plus des clauses vertes dans leurs baux, conditionnant leur présence à la performance énergétique de l’immeuble. Un actif sans GTB est un actif qui perd en attractivité locative. Et un actif qui perd en attractivité est un actif que l’investisseur regarde différemment.

    3. La position particulière du property manager : entre mandat et responsabilité

    Le property manager occupe une position juridiquement subtile. Il agit en tant que mandataire : ses obligations envers la réglementation sont celles que définit le mandat de gestion signé avec le propriétaire. Si le mandat ne prévoit pas explicitement la mise en conformité réglementaire comme une responsabilité du gestionnaire, la responsabilité première repose sur le propriétaire.

    Mais cette lecture strictement juridique oublie la réalité opérationnelle. Le property manager est celui qui dispose de l’information. Il connaît l’état des installations, les contrats de maintenance en cours, les données de consommation. S’il ne tire pas la sonnette d’alarme auprès du propriétaire sur la non-conformité BACS, qui le fera ? Et le jour où le propriétaire s’interroge sur la dévalorisation de son actif ou sur un litige avec un locataire, la question de la diligence du gestionnaire se posera inévitablement.

    La bonne pratique pour le property manager est donc double. D’une part, intégrer systématiquement un volet « conformité BACS » dans ses reportings à destination des propriétaires, avec une évaluation claire des actifs non conformes, des coûts de mise à niveau et des délais prévisionnels. D’autre part, intégrer dans les nouveaux mandats de gestion des clauses explicites sur ses responsabilités en matière de veille réglementaire et de signalement. Cette clarification protège autant le gestionnaire que le propriétaire.

    4. La spécificité du portefeuille : la BACS à l’échelle

    Là où un propriétaire unique d’un immeuble peut gérer sa mise en conformité bâtiment par bâtiment, le property manager gère fréquemment des portefeuilles de dizaines, voire de centaines d’actifs. La conformité BACS ne peut pas être traitée comme une collection de projets individuels menés en ordre dispersé. Elle exige une approche consolidée à l’échelle du patrimoine.

    Cette approche commence par la cartographie. Quels sont les actifs concerns ? Quelles sont les puissances installées des systèmes CVC ? Lesquels disposent déjà d’une GTB, fonctionnelle ou non ? Cette cartographie exhaustive est le prérequis absolu à toute décision d’investissement sérieuse. Sans elle, on avance à l’aveugle.

    Vient ensuite la priorisation. Tous les actifs n’ont pas la même urgence : les biens avec une puissance > 290 kW sont déjà hors délai, ceux avec une puissance entre 70 et 290 kW ont jusqu’en 2030. Mais la priorisation ne se fait pas uniquement sur critère réglementaire. Elle intègre également la valeur de l’actif, le profil du locataire (sensibilité aux enjeux ESG), la proximité d’échéance de bail — une rénovation GTB négociée à l’occasion d’un renouvellement de bail étant bien moins coûteuse à faire accepter qu’une intervention en cours de bail — et la disponibilité d’aides financières telles que les CEE (Certificats d’Économies d’Énergie).

    La gestion à l’échelle du portefeuille offre aussi un avantage considérable : le pouvoir de négociation avec les prestataires GTB. Un gestionnaire qui contractualise la mise à niveau de vingt actifs avec un même fournisseur négocie dans des conditions radicalement différentes d’un propriétaire mono-actif. Il peut également imposer des standards technologiques homogènes — protocoles ouverts, interopérabilité, compatibilité avec sa plateforme de management énergétique — ce qui est essentiel pour que les données collectées soient réellement exploitables.

    5. Décret BACS et green lease : une opportunité de repositionnement

    La mise en conformité BACS n’est pas seulement une obligation technique. Elle est, pour le property manager averti, une opportunité de repositionnement commercial et relationnel avec ses clients.

    D’un côté, les propriétaires. Dans un marché où les actifs immobiliers sont de plus en plus évalués sur leurs critères ESG, le gestionnaire qui apporte une vision claire de la trajectoire de conformité de leur patrimoine, des arbitrages financiers documentés et une exécution sécurisée des travaux crée une valeur différenciante. Il passe de simple mandataire à conseiller stratégique.

    De l’autre, les locataires. Le green lease — bail vert incluant des engagements mutuels sur la performance énergétique — se généralise progressivement. La GTB est précisément l’outil qui permet de mesurer objectivement cette performance, de la déclarer dans OPERAT et de produire les éléments de preuve que le locataire exigera demain pour valider ses propres engagements RSE. Un immeuble doté d’une GTB fonctionnelle est un immeuble dont la performance est mesurable, auditable, communicable. C’est un argument commercial fort dans des négociations de bail de plus en plus sensibles aux enjeux énergétiques.

    Le décret BACS, à ce titre, n’est pas seulement un texte réglementaire de plus. Il est le signal que le modèle de gestion immobilière change de référentiel : la performance énergétique mesurée en temps réel devient une donnée fondamentale de la valeur d’un actif tertiaire. Le property manager qui intègre cette réalité dans son offre de service aujourd’hui sera mieux positionné que ses concurrents demain.

    6. Par où commencer concrètement ?

    La question que nous posent le plus souvent les property managers après avoir pris la mesure de l’enjeu est : par où commencer ? La réponse n’est pas technique. Elle est organisationnelle.

    La première étape est la cartographie du parc. Elle consiste à recenser, pour chaque actif du portefeuille, la puissance installée des systèmes CVC, l’existence ou non d’une GTB, son niveau de conformité aux exigences BACS et la proximité des échéances de bail. Cette base documentaire est la fondation de toute décision d’investissement sérieuse.

    La deuxième étape est la clarification des responsabilités avec les propriétaires-clients. Cela passe par une revue des mandats en cours et, si nécessaire, par une mise à jour des conditions contractuelles pour intégrer explicitement le volet conformité énergétique. Ce moment de dialogue est aussi une opportunité de démontrer sa valeur ajoutée en apportant une analyse que le propriétaire n’aurait pas nécessairement conduite seul.

    La troisième étape est la définition d’une méthodologie de déploiement à l’échelle du portefeuille : choix des standards technologiques, sélection des prestataires, modèle de financement (dont les CEE représentent un levier souvent sous-exploité), articulation avec les cycles de renouvellement de baux et de maintenance. Cette méthodologie transformée en offre structurée est ce qui permettra au property manager de tenir un discours cohérent et crédible auprès de ses clients.

    Conclusion : gérer, c’est aussi anticiper

    La gestion immobilière a longtemps été définie par sa dimension opérationnelle : loyers encaissés, charges maîtrisées, taux d’occupation préservé. Le décret BACS introduit une dimension nouvelle dans la définition même de la performance d’un gestionnaire : la capacité à anticiper les transformations réglementaires et à en faire des leviers de valeur plutôt que des contraintes subi.

    Le property manager qui attend 2029 pour s’intéresser au BACS prend un risque triple : un risque réglementaire sur les actifs déjà concernés, un risque de dévalorisation des actifs non-conformes dans son portefeuille, et un risque commercial face à des concurrents qui auront fait du pilotage énergétique un argument de différenciation. Le property manager qui agit dès aujourd’hui, lui, transforme une obligation réglementaire en signature de sa valeur ajoutée. Et dans un marché où la performance énergétique devient une composante structurelle de la valeur immobilière, c’est peut-être là le meilleur investissement qu’il puisse faire.

  • « J’ai déjà un CPE, pourquoi un BACS ? » : le chaînon manquant qui rend vos économies d’énergie vérifiables

    « J’ai déjà un CPE, pourquoi un BACS ? » : le chaînon manquant qui rend vos économies d’énergie vérifiables

    La question revient à presque chaque rendez-vous. La dernière fois, c’était un gestionnaire d’un parc d’établissements qui m’a regardé, à moitié soulagé à moitié méfiant : « Votre BACS, d’accord. Mais comment je le déploie sur mes sites ? Une bonne partie est déjà dans le périmètre d’un contrat de performance énergétique. Je ne vais pas payer deux fois pour la même chose, ni me fâcher avec mon exploitant. »

    Je comprends la crainte. Elle repose pourtant sur un malentendu tenace : croire que le BACS et le CPE se disputent le même terrain. C’est faux. L’un promet des économies. L’autre permet de les voir, de les vérifier et, on va le voir avec un cas concret, d’identifier où il faut les chercher et décider où mettre son argent. Ils ne se concurrencent pas. La plupart du temps, l’un sans l’autre est soit actif mais aveugle, soit bavard mais incapable.

    En deux phrases. Un CPE est un engagement contractuel sur un niveau d’économies ; un BACS — la GTB rendue obligatoire par le décret du même nom — est l’instrument qui pilote et mesure ces économies. Loin de concurrencer votre contrat de performance énergétique, un BACS ouvert le rend vérifiable, vous redonne la main sur vos données, et vous dit où investir en priorité.

    Un CPE et un BACS ne jouent pas dans la même cour

    Remettons les mots à leur place, parce que tout le malentendu vient de là.

    • CPE — Contrat de Performance Énergétique. Un contrat dans lequel un prestataire (souvent un énergéticien, sur un modèle d’ESCO) s’engage sur un niveau d’économies garanti, généralement en package avec des travaux, du financement et de la maintenance, sur 5 à 15 ans. C’est un objet contractuel et financier.
    • BACS — Building Automation and Control Systems. En français : la GTB, Gestion Technique du Bâtiment. C’est le système qui régule, pilote et compte le chauffage, la ventilation, la climatisation, l’éclairage. C’est un objet technique.
    • Hypervision. La couche logicielle au-dessus : elle agrège les données de tous vos sites, les met en tableaux de bord, déclenche des alertes sur les dérives et permet la mesure des économies. C’est un objet d’information.
    Ce que c’estCe qu’il garantitÀ qui il appartient
    CPEUn engagement sur le résultatUn niveau d’économiesÀ l’exploitant / l’ESCO
    BACS / GTBLe moyen techniqueRien tout seul — il exécuteAu propriétaire (c’est la loi)
    HypervisionLa couche donnéesLa visibilité et la preuveÀ vous, en propre

    Vous voyez le problème : ce ne sont pas trois concurrents, ce sont trois étages d’une même fusée. Demander si le BACS empiète sur le CPE, c’est un peu comme demander si le compteur empiète sur le fournisseur d’électricité.

    Le décret BACS a déjà tranché : la GTB n’est pas une option

    On peut débattre de l’opportunité d’un BACS. La loi, elle, a arrêté de débattre.

    Le décret BACS impose une GTB aux bâtiments tertiaires au-dessus de certains seuils de puissance de chauffage et climatisation. L’obligation est active depuis le 1er janvier 2025 pour les installations de plus de 290 kW. Pour la tranche 70–290 kW, l’échéance, initialement prévue en 2027, a été reportée au 1er janvier 2030 par un décret publié fin décembre 2025. La classe minimale exigée est la classe B (norme ISO 52120-1), la classe A étant celle qui ouvre les meilleures primes CEE.

    Autrement dit : que vous ayez un CPE ou non, si votre bâtiment dépasse le seuil, vous devez avoir une GTB. Le BACS ne s’ajoute donc pas au CPE comme une dépense concurrente — c’est une obligation que votre CPE devrait, dans l’idéal, déjà couvrir. Quand ce n’est pas le cas, et c’est fréquent, le déployer en parallèle ne fait pas doublon : il comble un trou.

    Et ce trou est immense. À ce jour, à peine 16 % des bâtiments de plus de 1 000 m² sont équipés d’une GTB. La grande majorité du parc pilote encore à l’aveugle.

    Le vrai trou dans la raquette d’un CPE : qui mesure les économies ?

    Posons la question qui fâche. Dans votre CPE, qui mesure les économies garanties ?

    Très souvent, c’est le prestataire qui s’est engagé dessus. Il est à la fois le joueur et l’arbitre. Je ne prête de mauvaises intentions à personne — mais un engagement de performance dont la performance est mesurée par celui qui doit la prouver, ça mérite au minimum un second regard.

    C’est exactement la fonction de la mesure & vérification (M&V), encadrée par le protocole international IPMVP : objectiver l’économie réellement réalisée, indépendamment de celui qui la promet. Un BACS ouvert, c’est votre thermomètre à vous. Il ne raconte pas une histoire ; il enregistre des kWh, pièce par pièce, réseau par réseau, au pas horaire.

    La loi va d’ailleurs dans le même sens : le décret BACS exige la détection des dérives de consommation et l’archivage des données pendant cinq ans. L’instrument de la vérification est déjà obligatoire. La seule vraie question, c’est : à qui appartient-il ?

    Ce qu’un BACS a permis chez un de nos clients : savoir où mettre l’argent

    Le meilleur argument, je ne l’ai pas inventé. C’est un client qui me l’a offert.

    Il avait des objectifs DEET à tenir — le Dispositif Éco-Énergie Tertiaire, cette obligation de réduire ses consommations de 40 % d’ici 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050. Comme tout le monde, il se demandait par quel bout commencer. Isoler les murs ? Refaire les menuiseries ? Reprendre les réseaux de chauffage ? Chaque piste se chiffrait en centaines de milliers d’euros, et personne ne savait dire laquelle rapporterait le plus.

    On a posé le BACS. Quelques mois de données fines ont suffi. Il a vu, noir sur blanc, quels réseaux d’eau chaude et de chauffage étaient mal dimensionnés, quels murs perdaient le plus de chaleur, quelles menuiseries refaire en priorité. Pas des hypothèses de bureau d’études : des mesures prises sur son bâtiment, dans la vraie vie, pas des simulations pléiades à côté de la plaque car basées sur des hypothèses fausses.

    Résultat : le BACS a nourri son schéma directeur immobilier. Il n’a pas arrosé au hasard ; il a investi là où chaque euro comptait vraiment. Le BACS n’a pas concurrencé ses travaux — il en a été le préalable. Quelques mois d’instrumentation, et il a su quoi acheter avant de signer quoi que ce soit.

    C’est là que le débat « BACS contre CPE » s’effondre. Un CPE, ou un plan de rénovation, qui démarre sans cette photographie fine, c’est un pari. Avec elle, c’est une décision. Et au passage, le BACS apporte, en plus de votre contrat :

    • la propriété et la portabilité de vos données — pas de verrouillage propriétaire, une architecture ouverte (c’est tout l’enjeu du Data Act que j’évoquais ici) ;
    • un pilotage plus fin que le périmètre du CPE : pièce par pièce, réduit de nuit, jusqu’au pilotage prédictif ;
    • une hypervision multi-sites avec alerting et détection d’anomalies ;
    • le sous-comptage et la captation de CEE supplémentaires ;
    • la continuité : quand le CPE s’achève, l’instrument et les données, eux, vous restent.

    Mais alors, Foorier ne marche pas sur les plates-bandes de mon exploitant ?

    C’est la crainte de mon gestionnaire du début, et elle est légitime. La réponse tient à l’architecture.

    Parce qu’il est ouvert (bâti sur Home Assistant et des standards interopérables), notre BACS se branche sur ce qui existe déjà. Il ne reprend pas votre CPE, il ne remplace pas votre exploitant : il équipe le bâtiment et éclaire vos décisions. Sur les sites déjà sous contrat, il devient la source de vérité partagée — celle qui rend la garantie auditable et profite autant à vous qu’à votre prestataire sérieux. Sur les sites hors CPE, il est votre outil de pilotage et votre boussole DEET.

    Oui, Foorier sait aussi porter un CPE ailleurs. Mais face à un client déjà engagé, notre rôle n’est pas de récupérer le contrat — c’est de poser l’instrument neutre qui manquait. Déployer le BACS sur tout le parc, CPE ou pas, ne crée pas de doublon : ça crée enfin une vision homogène sur l’ensemble de vos établissements.

    Questions fréquentes

    Le BACS remplace-t-il le CPE ? Non. Le CPE est un engagement contractuel sur des économies ; le BACS est le système technique qui les pilote et les mesure. L’un n’annule pas l’autre — le BACS rend le CPE vérifiable.

    Que vaut un CPE sans GTB ? Une promesse difficile à auditer. Sans instrumentation fine, vous dépendez des chiffres de votre prestataire, sans moyen indépendant de les confirmer.

    Comment vérifier les économies promises par un contrat de performance énergétique ? Par une démarche de mesure & vérification (protocole IPMVP), adossée à un comptage indépendant. Un BACS ouvert fournit précisément cette donnée brute, qui vous appartient.

    Suis-je obligé d’installer une GTB si j’ai déjà un CPE ? Si votre bâtiment dépasse les seuils du décret BACS, oui — l’obligation s’impose indépendamment du CPE. Mieux vaut donc que la GTB vous serve aussi à piloter et à vérifier. Pour quelqu’un qui n’a que des marteaux, toutes les vis sont des clous. Offrez une GTB à votre CPE, vous enrichirez sa boîte à outils.

    L’open source, est-ce sérieux pour du tertiaire ? Oui. C’est robuste et interopérable, qui évite le verrouillage propriétaire et garde vos données chez vous — l’inverse exact du silo fermé que beaucoup ont appris à redouter.

    Conclusion

    La crainte de départ — « le BACS va empiéter sur mon CPE » — se retourne dès qu’on regarde les couches : un CPE sans bon BACS est une promesse qu’on ne peut pas mesurer ; un BACS sans projet d’économies est un tableau de bord qu’on ne regarde pas. Ensemble, ils ferment la boucle.

    Si vous gérez un parc partiellement sous CPE, deux gestes simples pour commencer :

    1. Cartographier l’instrumentation existante sur tous vos sites qui a déjà une GTB, laquelle, et surtout à qui appartiennent les données.
    2. Inscrire un droit de mesure indépendant dans vos contrats, CPE compris, pour ne plus jamais être juge et partie de vos propres économies.

    Parce qu’un CPE qu’on ne sait pas mesurer, ce n’est pas un contrat de performance. C’est un acte de foi. Et la foi, en matière d’énergie, ça finit toujours par coûter cher.

    Pour en savoir plus : le rôle des données ouvertes dans le bâtiment, avec le Data Act.

  • La technologie évolue : plus robuste, plus accessible, plus connectée. Pourquoi pas votre GTB ?

    La technologie évolue : plus robuste, plus accessible, plus connectée. Pourquoi pas votre GTB ?

    Dans notre quotidien, la technologie progresse à pas de géant. Nos smartphones se mettent à jour seuls pendant notre sommeil pour gagner en performance, nos voitures anticipent les dangers en temps réel et l’intelligence artificielle redéfinit déjà nos méthodes de travail. Pourtant, une fois franchi le seuil de nombreux bâtiments tertiaires, le temps semble s’être arrêté.

    Au cœur de ces édifices, la GTB (Gestion Technique du Bâtiment), censée être le cerveau de l’ouvrage, ressemble souvent à une relique oubliée des années 2000 : rigide, opaque et coûteuse. Alors que les enjeux d’efficacité énergétique et de confort n’ont jamais été aussi pressants, il est légitime de se demander pourquoi nos bâtiments ne profiteraient pas, eux aussi, de cette révolution.

    1. De la tyrannie du câble à une robustesse agile

    Historiquement, installer une GTB s’apparentait à un chantier de chirurgie lourde. Des kilomètres de câbles les fameux bus de terrain devaient serpenter à travers les murs et les plafonds pour relier chaque capteur à une unité centrale. Ce modèle souffre d’une rigidité absolue : le moindre ajout de capteur ou le simple déplacement d’une cloison impose des travaux invasifs et coûteux. Percer des parois dans un bâtiment ancien est un pari risqué et souvent complexe.

    Aujourd’hui, la robustesse ne rime plus avec « cuivre ». La révolution moderne s’appuie sur des protocoles radio de nouvelle génération comme le LoRaWAN, l’EnOcean ou le Mesh. Ces technologies offrent une fiabilité industrielle tout en permettant de déployer des réseaux de capteurs sans fil en quelques heures seulement, sans aucune dégradation du bâti. Cette agilité permet à votre système de s’adapter à l’évolution de vos espaces de travail, et non l’inverse.

    2. Sortir de la « Boîte Noire » : l’accessibilité au service de l’humain

    Mais une technologie robuste est inutile si elle est incompréhensible. Trop souvent, la GTB traditionnelle est restée une « boîte noire » réservée à une poignée d’initiés. Les interfaces logicielles actuelles rappellent parfois les prémices de l’informatique : austères, complexes et nécessitant une formation d’ingénieur pour la simple modification d’une consigne de chauffage. Plus inquiétant encore, ces systèmes tournent souvent sur des versions de Windows obsolètes, créant de véritables failles de sécurité informatique pour l’entreprise.

    Le basculement vers ce que l’architecte Philippe Madec nomme la « Right-Tech » consiste à choisir le bon outil pour le bon usage. Les solutions actuelles misent sur l’UX (User Experience). Imaginez piloter la performance de votre bâtiment depuis une interface aussi intuitive qu’une application domotique grand public, accessible sur tablette ou smartphone. En simplifiant l’accès aux données, vous redonnez le pouvoir aux gestionnaires de maintenance et permettez une réactivité immédiate face aux dérives de consommation. Une technologie accessible est une technologie que l’on utilise vraiment.

    3. Briser les chaînes : l’Open Data contre le piège propriétaire

    Cette facilité d’usage ne doit cependant pas se faire au détriment de votre liberté. C’est sans doute le point le plus critique pour la pérennité de votre investissement. Choisir une GTB classique revient trop souvent à signer un « contrat de mariage » forcé avec un constructeur unique. Prisonnier d’un écosystème propriétaire, vous perdez la liberté de changer de prestataire et subissez des coûts prohibitifs pour chaque mise à jour, vos propres données restant enfermées dans le système du fabricant.

    L’heure est désormais à l’interopérabilité et à l’Open Data. Les nouvelles générations de GTB reposent sur des API ouvertes et des protocoles standardisés (comme MQTT ou BACnet) qui font dialoguer des équipements de marques différentes. Vous reprenez enfin la propriété de vos informations. Vous devenez libre de choisir les meilleurs outils du marché pour analyser votre consommation ou optimiser le confort de vos occupants, sans jamais être verrouillé par un fournisseur unique.

    Pour conclure, le futur du bâtiment commence par une mise à jour

    Passer à une GTB moderne ne signifie pas nécessairement « tout arracher ». Grâce au Retrofit, il est possible d’ajouter une couche d’intelligence connectée sur vos installations existantes pour les rendre performantes à moindre coût.

    Avec des contraintes réglementaires de plus en plus fortes à l’image du décret BACS en France qui impose l’automatisation des systèmes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (36% du total mondial) la modernisation n’est plus une option technique, c’est une nécessité stratégique. La technologie a évolué pour devenir plus simple, plus fiable et plus ouverte. Votre bâtiment mérite d’en faire autant. Et vous, qu’attendez-vous pour libérer votre GTB ?

  • Bâtiment et performance énergétique – Revue de presse

    Bâtiment et performance énergétique – Revue de presse

    Quelles sont les actualités ?

    Transition énergétique et annonces du gouvernement du 23 avril

    De nombreux articles reviennent sur les annonces du gouvernement sur les futures mesures d’économies et de transition énergétiques avec l’immobilier résidentiel :

    Le gouvernement a présenté un plan d’électrification comprenant 22 mesures pour réduire la dépendance de la France aux énergies fossiles, qui coûtent au pays près de 58 milliards d’euros par an. L’objectif principal est de faire chuter la part des énergies fossiles dans la consommation finale de 58 % aujourd’hui à 40 % d’ici 2030, puis sous la barre des 30 % en 2035.

    – Dans le secteur du bâtiment, le gaz sera interdit dans les constructions neuves dès 2027 et l’installation d’un million de pompes à chaleur d’ici 2030 sera encouragée par de nouveaux mécanismes de financement. MaPrimeRenov est réorientée vers l’électrification des logements.
    – Pour lutter contre la crise du logement, un projet de loi vise à réautoriser la location des « passoires thermiques » pour enrayer la pénurie locative, sous réserve que les propriétaires s’engagent à réaliser des travaux de rénovation énergétique sous trois à cinq ans.
    – Côté transports, le gouvernement prévoit 50 000 véhicules électriques en location sociale, des aides à l’achat renforcées pour les gros rouleurs ou les professionnels, et la multiplication par cinq des bornes de recharge d’ici 2035.

    Pour soutenir cette transition de manière structurelle, un budget de 4,5 milliards d’euros par an y sera consacré d’ici 2030, tandis que les nouveaux raccordements au réseau de gaz deviendront entièrement payants

    Lien vers les articles sur le sujet :
    Le gouvernement annonce une loi logement et la possibilité de relouer des passoires énergétiques – 23/04/2026 à 20:55 – Boursorama
    Que prévoit le grand plan d’électrification de la France présenté par le gouvernement ?
    https://www.capital.fr/immobilier/bientot-une-nouvelle-loi-logement-pour-autoriser-la-location-des-passoires-thermiques-1525928
    Le gouvernement dévoile les 22 mesures de sa stratégie d’électrification
    Logements : le gouvernement veut remettre en location les passoires énergétiques sous conditions
    Electrification : le gouvernement n’aidera plus le chauffage au gaz

  • Bâtiment et performance énergétique – Revue de presse

    Bâtiment et performance énergétique – Revue de presse

    Quelles sont les actualités ?


    Tendances et coûts de rénovation 2026

    Le marché de la rénovation résidentielle en 2026 est marqué par une transition profonde vers la durabilité, imposant l’adoption massive de matériaux biosourcés.
    Face au renforcement des exigences environnementales et à une inflation persistante des coûts de construction, les ménages doivent désormais ajuster leurs enveloppes budgétaires de manière significative. Cette évolution structurelle redéfinit les priorités des projets, privilégiant l’efficacité énergétique à long terme malgré un investissement initial plus élevé. Les professionnels s’adaptent ainsi à une demande croissante pour des solutions à faible empreinte carbone.

    Lien vers la source :
    Rénovation énergétique, quelles nouveautés en 2026 ?

    Ingénierie technique et normes RE2020

    L’approche des jalons 2025 de la RE2020 impose une évaluation technique rigoureuse de la conformité des nouveaux bâtiments, renforçant les exigences de performance environnementale.
    Les bureaux d’études font face à des défis opérationnels croissants, particulièrement dans la précision des calculs d’empreinte carbone et l’optimisation thermique des structures. Cette transition nécessite une adaptation profonde des méthodes d’ingénierie pour concilier sobriété constructive et viabilité économique.
    Ces enjeux soulignent l’importance stratégique d’une expertise technique pointue pour naviguer dans ce nouveau cadre réglementaire exigeant.

    Lien vers la source : re2020 : champ et calendrier d’application complet

    Mise à jour réglementaire et aides publiques

    L’année 2026 introduit un cadre législatif structurant pour le secteur immobilier, marqué par une révision profonde des critères d’attribution des aides au logement. Cette transition s’accompagne de réformes fiscales majeures et d’un renforcement des obligations relatives aux diagnostics de performance énergétique.
    Ces évolutions visent à mieux encadrer le marché tout en répondant aux impératifs de transition écologique. Il est désormais crucial pour les acteurs du secteur d’anticiper ces changements pour sécuriser et optimiser leurs futurs investissements.

    Lien vers la source : Étiquette énergétique -Calcul du DPE : les nouveautés | Service Public

  • Bâtiment et performance énergétique – Revue de presse

    Bâtiment et performance énergétique – Revue de presse

    Quelles sont les actualités ?

    Impact de la RE2020 sur le secteur du bâtiment en 2026

    L’année 2026 marquera un tournant pour la RE2020 avec l’entrée en vigueur de seuils de carbone plus exigeants pour les matériaux et de nouveaux standards de consommation d’énergie primaire.
    Cette évolution oblige les acteurs de la construction à revoir leurs méthodes pour intégrer des solutions plus durables dès la conception des ouvrages.
    La FFB souligne toutefois les défis majeurs d’adaptation auxquels font face les constructeurs, notamment en raison du surcoût important des matériaux bas-carbone. Cette transition réglementaire impose ainsi un équilibre délicat entre ambitions environnementales et réalité économique du marché.

    Lien vers la source : https://www.ffbatiment.fr/actualites-batiment/actualite/re2020-premiere-serie-ajustements-suite-rapport-rivaton

    La ouate de cellulose biosourcée – Que dit le Conseil d’Etat

    Ce texte analyse une décision du Conseil d’État (février 2026) qui confirme la validité juridique du label « bâtiment biosourcé » face aux contestations des industriels de l’isolation classique. Cette validation sécurise officiellement les critères techniques imposant l’usage de matériaux d’origine biologique, comme la ouate de cellulose, pour l’obtention des niveaux d’excellence environnementale.
    Pour les professionnels du secteur, cet arrêté offre une stabilité réglementaire cruciale et transforme le label en un avantage compétitif majeur pour les marchés publics et la construction durable. Bien que cette certification demeure volontaire, elle établit une distinction claire en faveur des solutions de stockage de carbone dans la lutte contre le changement climatique. En définitive, cette décision judiciaire légitime et renforce la position stratégique des isolants biosourcés au sein du paysage réglementaire français de l’immobilier.

    Lien vers la source :
    https://cellulose-igloo.com/arrete-batiment-biosource-conseil-detat/