La question revient à presque chaque rendez-vous. La dernière fois, c’était un gestionnaire d’un parc d’établissements qui m’a regardé, à moitié soulagé à moitié méfiant : « Votre BACS, d’accord. Mais comment je le déploie sur mes sites ? Une bonne partie est déjà dans le périmètre d’un contrat de performance énergétique. Je ne vais pas payer deux fois pour la même chose, ni me fâcher avec mon exploitant. »
Je comprends la crainte. Elle repose pourtant sur un malentendu tenace : croire que le BACS et le CPE se disputent le même terrain. C’est faux. L’un promet des économies. L’autre permet de les voir, de les vérifier et, on va le voir avec un cas concret, d’identifier où il faut les chercher et décider où mettre son argent. Ils ne se concurrencent pas. La plupart du temps, l’un sans l’autre est soit actif mais aveugle, soit bavard mais incapable.
En deux phrases. Un CPE est un engagement contractuel sur un niveau d’économies ; un BACS — la GTB rendue obligatoire par le décret du même nom — est l’instrument qui pilote et mesure ces économies. Loin de concurrencer votre contrat de performance énergétique, un BACS ouvert le rend vérifiable, vous redonne la main sur vos données, et vous dit où investir en priorité.
Un CPE et un BACS ne jouent pas dans la même cour
Remettons les mots à leur place, parce que tout le malentendu vient de là.
- CPE — Contrat de Performance Énergétique. Un contrat dans lequel un prestataire (souvent un énergéticien, sur un modèle d’ESCO) s’engage sur un niveau d’économies garanti, généralement en package avec des travaux, du financement et de la maintenance, sur 5 à 15 ans. C’est un objet contractuel et financier.
- BACS — Building Automation and Control Systems. En français : la GTB, Gestion Technique du Bâtiment. C’est le système qui régule, pilote et compte le chauffage, la ventilation, la climatisation, l’éclairage. C’est un objet technique.
- Hypervision. La couche logicielle au-dessus : elle agrège les données de tous vos sites, les met en tableaux de bord, déclenche des alertes sur les dérives et permet la mesure des économies. C’est un objet d’information.
| Ce que c’est | Ce qu’il garantit | À qui il appartient | |
|---|---|---|---|
| CPE | Un engagement sur le résultat | Un niveau d’économies | À l’exploitant / l’ESCO |
| BACS / GTB | Le moyen technique | Rien tout seul — il exécute | Au propriétaire (c’est la loi) |
| Hypervision | La couche données | La visibilité et la preuve | À vous, en propre |
Vous voyez le problème : ce ne sont pas trois concurrents, ce sont trois étages d’une même fusée. Demander si le BACS empiète sur le CPE, c’est un peu comme demander si le compteur empiète sur le fournisseur d’électricité.
Le décret BACS a déjà tranché : la GTB n’est pas une option
On peut débattre de l’opportunité d’un BACS. La loi, elle, a arrêté de débattre.
Le décret BACS impose une GTB aux bâtiments tertiaires au-dessus de certains seuils de puissance de chauffage et climatisation. L’obligation est active depuis le 1er janvier 2025 pour les installations de plus de 290 kW. Pour la tranche 70–290 kW, l’échéance, initialement prévue en 2027, a été reportée au 1er janvier 2030 par un décret publié fin décembre 2025. La classe minimale exigée est la classe B (norme ISO 52120-1), la classe A étant celle qui ouvre les meilleures primes CEE.
Autrement dit : que vous ayez un CPE ou non, si votre bâtiment dépasse le seuil, vous devez avoir une GTB. Le BACS ne s’ajoute donc pas au CPE comme une dépense concurrente — c’est une obligation que votre CPE devrait, dans l’idéal, déjà couvrir. Quand ce n’est pas le cas, et c’est fréquent, le déployer en parallèle ne fait pas doublon : il comble un trou.
Et ce trou est immense. À ce jour, à peine 16 % des bâtiments de plus de 1 000 m² sont équipés d’une GTB. La grande majorité du parc pilote encore à l’aveugle.
Le vrai trou dans la raquette d’un CPE : qui mesure les économies ?
Posons la question qui fâche. Dans votre CPE, qui mesure les économies garanties ?
Très souvent, c’est le prestataire qui s’est engagé dessus. Il est à la fois le joueur et l’arbitre. Je ne prête de mauvaises intentions à personne — mais un engagement de performance dont la performance est mesurée par celui qui doit la prouver, ça mérite au minimum un second regard.
C’est exactement la fonction de la mesure & vérification (M&V), encadrée par le protocole international IPMVP : objectiver l’économie réellement réalisée, indépendamment de celui qui la promet. Un BACS ouvert, c’est votre thermomètre à vous. Il ne raconte pas une histoire ; il enregistre des kWh, pièce par pièce, réseau par réseau, au pas horaire.
La loi va d’ailleurs dans le même sens : le décret BACS exige la détection des dérives de consommation et l’archivage des données pendant cinq ans. L’instrument de la vérification est déjà obligatoire. La seule vraie question, c’est : à qui appartient-il ?
Ce qu’un BACS a permis chez un de nos clients : savoir où mettre l’argent
Le meilleur argument, je ne l’ai pas inventé. C’est un client qui me l’a offert.
Il avait des objectifs DEET à tenir — le Dispositif Éco-Énergie Tertiaire, cette obligation de réduire ses consommations de 40 % d’ici 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050. Comme tout le monde, il se demandait par quel bout commencer. Isoler les murs ? Refaire les menuiseries ? Reprendre les réseaux de chauffage ? Chaque piste se chiffrait en centaines de milliers d’euros, et personne ne savait dire laquelle rapporterait le plus.
On a posé le BACS. Quelques mois de données fines ont suffi. Il a vu, noir sur blanc, quels réseaux d’eau chaude et de chauffage étaient mal dimensionnés, quels murs perdaient le plus de chaleur, quelles menuiseries refaire en priorité. Pas des hypothèses de bureau d’études : des mesures prises sur son bâtiment, dans la vraie vie, pas des simulations pléiades à côté de la plaque car basées sur des hypothèses fausses.
Résultat : le BACS a nourri son schéma directeur immobilier. Il n’a pas arrosé au hasard ; il a investi là où chaque euro comptait vraiment. Le BACS n’a pas concurrencé ses travaux — il en a été le préalable. Quelques mois d’instrumentation, et il a su quoi acheter avant de signer quoi que ce soit.
C’est là que le débat « BACS contre CPE » s’effondre. Un CPE, ou un plan de rénovation, qui démarre sans cette photographie fine, c’est un pari. Avec elle, c’est une décision. Et au passage, le BACS apporte, en plus de votre contrat :
- la propriété et la portabilité de vos données — pas de verrouillage propriétaire, une architecture ouverte (c’est tout l’enjeu du Data Act que j’évoquais ici) ;
- un pilotage plus fin que le périmètre du CPE : pièce par pièce, réduit de nuit, jusqu’au pilotage prédictif ;
- une hypervision multi-sites avec alerting et détection d’anomalies ;
- le sous-comptage et la captation de CEE supplémentaires ;
- la continuité : quand le CPE s’achève, l’instrument et les données, eux, vous restent.
Mais alors, Foorier ne marche pas sur les plates-bandes de mon exploitant ?
C’est la crainte de mon gestionnaire du début, et elle est légitime. La réponse tient à l’architecture.
Parce qu’il est ouvert (bâti sur Home Assistant et des standards interopérables), notre BACS se branche sur ce qui existe déjà. Il ne reprend pas votre CPE, il ne remplace pas votre exploitant : il équipe le bâtiment et éclaire vos décisions. Sur les sites déjà sous contrat, il devient la source de vérité partagée — celle qui rend la garantie auditable et profite autant à vous qu’à votre prestataire sérieux. Sur les sites hors CPE, il est votre outil de pilotage et votre boussole DEET.
Oui, Foorier sait aussi porter un CPE ailleurs. Mais face à un client déjà engagé, notre rôle n’est pas de récupérer le contrat — c’est de poser l’instrument neutre qui manquait. Déployer le BACS sur tout le parc, CPE ou pas, ne crée pas de doublon : ça crée enfin une vision homogène sur l’ensemble de vos établissements.
Questions fréquentes
Le BACS remplace-t-il le CPE ? Non. Le CPE est un engagement contractuel sur des économies ; le BACS est le système technique qui les pilote et les mesure. L’un n’annule pas l’autre — le BACS rend le CPE vérifiable.
Que vaut un CPE sans GTB ? Une promesse difficile à auditer. Sans instrumentation fine, vous dépendez des chiffres de votre prestataire, sans moyen indépendant de les confirmer.
Comment vérifier les économies promises par un contrat de performance énergétique ? Par une démarche de mesure & vérification (protocole IPMVP), adossée à un comptage indépendant. Un BACS ouvert fournit précisément cette donnée brute, qui vous appartient.
Suis-je obligé d’installer une GTB si j’ai déjà un CPE ? Si votre bâtiment dépasse les seuils du décret BACS, oui — l’obligation s’impose indépendamment du CPE. Mieux vaut donc que la GTB vous serve aussi à piloter et à vérifier. Pour quelqu’un qui n’a que des marteaux, toutes les vis sont des clous. Offrez une GTB à votre CPE, vous enrichirez sa boîte à outils.
L’open source, est-ce sérieux pour du tertiaire ? Oui. C’est robuste et interopérable, qui évite le verrouillage propriétaire et garde vos données chez vous — l’inverse exact du silo fermé que beaucoup ont appris à redouter.
Conclusion
La crainte de départ — « le BACS va empiéter sur mon CPE » — se retourne dès qu’on regarde les couches : un CPE sans bon BACS est une promesse qu’on ne peut pas mesurer ; un BACS sans projet d’économies est un tableau de bord qu’on ne regarde pas. Ensemble, ils ferment la boucle.
Si vous gérez un parc partiellement sous CPE, deux gestes simples pour commencer :
- Cartographier l’instrumentation existante sur tous vos sites qui a déjà une GTB, laquelle, et surtout à qui appartiennent les données.
- Inscrire un droit de mesure indépendant dans vos contrats, CPE compris, pour ne plus jamais être juge et partie de vos propres économies.
Parce qu’un CPE qu’on ne sait pas mesurer, ce n’est pas un contrat de performance. C’est un acte de foi. Et la foi, en matière d’énergie, ça finit toujours par coûter cher.
Pour en savoir plus : le rôle des données ouvertes dans le bâtiment, avec le Data Act.
