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  • Confort d’été et adaptation thermique du bâtiment en 2026

    Confort d’été et adaptation thermique du bâtiment en 2026

    La question a longtemps été : comment réduire les consommations d’énergie en hiver ?

    La canicule de fin juin nous a projeté dans le nouveau climat : comment garantir des bâtiments habitables pendant les vagues de chaleur, sans créer une dépendance énergétique incontrôlée au refroidissement actif ?

    Le confort d’été est donc à la croisée de quatre sujets :

    1. santé publique, notamment pour les personnes âgées, malades, isolées ou précaires ;
    2. qualité d’usage du logement, avec des logements qui peuvent devenir invivables plusieurs jours ou nuits de suite ;
    3. rénovation énergétique, encore largement construite autour de la réduction des besoins de chauffage ;
    4. adaptation climatique, car les canicules deviennent plus longues, plus précoces et plus intenses.

    La canicule de juin 2026 a brutalement rappelé cet enjeu : Météo-France indique que juin 2026 est devenu le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, avec une canicule précoce, durable et très intense du 17 au 30 juin 2026. Comment le cadre existant aide à travailler dès à présent le bâtiment pour mieux anticiper les épisodes caniculaires ?

    Revue des textes en vigueur

    La RE2020 : le confort d’été devient une exigence de résultat dans le neuf

    La RE2020 introduit un indicateur spécifique de confort d’été : les degrés-heures d’inconfort, notés DH, exprimés en °C.h. Le guide officiel RE2020 définit les DH comme un indicateur de confort d’été, en remplacement de l’ancienne Tic de la RT2012, jugée moins représentative de l’inconfort réel.

    Le principe est simple : on cumule, heure par heure, les dépassements de température intérieure par rapport à une température de confort.

    Le calcul s’enclenche dès que la température intérieure dépasse un seuil de confort adaptatif, qui varie de 26°C la nuit à une valeur comprise entre 26°C et 28°C le jour (établie en fonction de la température extérieure des jours précédents).

    Exemple :
    si un logement est à 31 °C pendant 5 heures alors que le seuil de confort est à 28 °C, cela représente :

    (31 – 28) × 5 = 15 °C.h

    La RE2020 introduit trois zones de lecture :

    Niveau de DHLecture réglementaire
    < 350 °C.hConfort d’été considéré comme satisfaisant
    350 °C.h à DH_maxBâtiment encore réglementaire, mais avec pénalisation par forfait de refroidissement
    > DH_maxBâtiment non conforme à l’exigence de confort d’été

    Le seuil DH_max varie selon l’usage, la zone climatique, les contraintes d’exposition au bruit, la possibilité d’ouvrir les fenêtres, ou encore les contraintes sanitaires et de sécurité. Le guide RE2020 donne par exemple des seuils différenciés pour les maisons, logements collectifs, bureaux et bâtiments d’enseignement.

    La RE2020 prévoit même de façon détaillée des seuils, par type de bâtiment et d’usage :

    UsageSeuils DH_max cités
    Maison individuelle ou accolée, catégorie 1 sans contrainte extérieure1 250 °C.h
    Maison individuelle ou accolée, catégorie 2 avec contrainte extérieure1 850 °C.h
    Logement collectif1 250 à 2 600 °C.h selon cas
    Bureaux1 150, 2 400, 2 600 °C.h ou absence de seuil en catégorie 3
    Enseignement primaire et secondaire900, 1 800 ou 2 200 °C.h

    Les catégories de contraintes extérieures servent à reconnaître que certains bâtiments peuvent difficilement se rafraîchir passivement par ouverture des fenêtres : nuisances sonores, règles d’hygiène, sécurité, IGH, impossibilité d’ouverture, etc.

    La logique réglementaire est importante : la climatisation n’est pas interdite, mais elle ne doit pas servir à masquer une mauvaise conception. Le bâtiment doit d’abord démontrer sa capacité à limiter l’inconfort estival par son enveloppe, son inertie, ses protections solaires, sa ventilation et sa conception bioclimatique.

    Extension de la RE2020 en 2026

    En 2026, la RE2020 change d’échelle. Le décret du 15 janvier 2026 étend les exigences de performance énergétique et environnementale à de nouveaux usages : médiathèques, bâtiments universitaires, hôtels, crèches, restaurants, commerces, établissements sanitaires, établissements de santé, aérogares, bâtiments industriels et artisanaux, établissements sportifs, etc.

    Le décret du 18 mars 2026 modifie également les niveaux d’exigence applicables à de nombreuses catégories de bâtiments, dont les logements collectifs, bureaux, enseignement, hôtels, restaurants, commerces, santé, industrie et artisanat.

    La conséquence est structurante : le confort d’été n’est plus un sujet limité au logement neuf ou aux bureaux. Il devient progressivement un critère de conception réglementaire pour une grande partie du bâtiment neuf.

    Pour les bâtiments existants : un cadre encore fragmenté

    Pour les bâtiments existants, il n’existe pas encore d’équivalent généralisé des degrés-heures RE2020.

    La réglementation thermique de l’existant repose principalement sur deux logiques.

    • Première logique : la rénovation globale des bâtiments existants de plus de 1 000 m² lorsqu’ils font l’objet de travaux importants. L’arrêté du 13 juin 2008 reste le texte de référence. Il utilise encore une logique de performance globale issue de la RT existant, avec notamment l’indicateur Tic pour le confort d’été.
    • Deuxième logique : la réglementation élément par élément, fixée par l’arrêté du 3 mai 2007, mise à jour notamment par l’arrêté du 22 mars 2017. Elle fixe des exigences minimales lorsqu’on remplace ou installe un élément : isolation, menuiseries, équipements, ventilation, refroidissement, régulation. Le ministère de la Transition écologique rappelle que cette réglementation liste les travaux visés et les exigences associées pour chaque élément installé ou remplacé.

    Le problème est donc clair : dans l’existant, on réglemente encore beaucoup les composants et la performance énergétique, mais pas encore suffisamment l’habitabilité estivale réelle.

    DPE et confort d’été : un signal faible, pas encore un outil de pilotage robuste

    Le DPE logement intègre une appréciation du confort d’été passif. Il prend en compte des facteurs comme les protections solaires, l’isolation de toiture, l’inertie, le caractère traversant ou la présence de brasseurs d’air fixes.

    Mais ce n’est pas un calcul horaire d’inconfort de type DH. C’est un indicateur informatif et qualitatif. Il permet de signaler un risque de “bouilloire thermique”, mais il ne permet pas encore de prioriser finement les travaux à l’échelle d’un parc immobilier.

    Code du travail : le confort d’été devient aussi un sujet d’obligation employeur

    Pour les bâtiments professionnels, le Code du travail ne fixe pas un seuil unique du type “au-delà de 28 °C, le local est interdit”. En revanche, il impose une obligation de prévention.

    Le décret du 27 mai 2025 a introduit des dispositions spécifiques sur les épisodes de chaleur intense. L’employeur doit évaluer les risques liés à l’exposition des travailleurs à la chaleur, en intérieur comme en extérieur, et mettre en œuvre des mesures de prévention si un risque est identifié.

    L’arrêté du 27 mai 2025 rattache ces épisodes de chaleur intense aux niveaux de vigilance canicule de Météo-France.

    Même si ce cadre ne vise pas directement le bâtiment, il montre une évolution du droit : la chaleur n’est plus seulement un inconfort. Elle devient un risque sanitaire à prévenir.

    Pratiques dans le secteur avec la rénovation énergétique

    Une rénovation encore très orientée “hiver”

    Historiquement, la rénovation énergétique française s’est construite autour de trois priorités :

    1. réduire les consommations de chauffage ;
    2. lutter contre les passoires thermiques ;
    3. diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

    C’est logique : le chauffage représente une part importante des consommations résidentielles, et les passoires thermiques sont d’abord associées au froid et aux factures d’hiver.

    Mais cette approche a créé un angle mort : un bâtiment peut être mieux isolé en hiver et rester très inconfortable en été, voire devenir plus difficile à rafraîchir si les apports solaires, l’inertie, les occultations et la ventilation nocturne n’ont pas été traités.

    La rénovation thermique ne garantit donc pas automatiquement le confort d’été.

    Ce qui change : le confort d’été entre dans les aides et les guides

    L’ADEME indique explicitement qu’il faut désormais intégrer le confort d’été dans les futurs plans de rénovation, car les bâtiments doivent être repensés pour s’adapter au climat de demain et à la chaleur.

    L’Anah a également intégré des travaux d’amélioration du confort d’été dans MaPrimeRénov’ pour les rénovations d’ampleur. Le guide des aides financières 2025 mentionne notamment deux familles de travaux : les brasseurs d’air fixes de plafond et les protections solaires fixes ou de parois vitrées.

    C’est une évolution importante : le confort d’été commence à être reconnu non seulement comme un sujet de conception, mais aussi comme un sujet de financement.

    Toutefois, le secteur doit dorénavant développer une culture des systèmes actifs de refroidissement, permettant de piloter la température du bâtiment de façon fiable (ex : puits canadien, climatisation…).

    Les pratiques techniques qui émergent

    Dans les opérations de rénovation, les solutions les plus robustes sont généralement organisées en “bouquet”.

    Famille de solutionsEffet recherché
    Protections solaires extérieuresEmpêcher le rayonnement solaire d’entrer
    Isolation de toiture / comblesRéduire les surchauffes des derniers niveaux
    Végétalisation / désimperméabilisationRéduire l’îlot de chaleur local
    Ventilation nocturneDécharger la chaleur accumulée
    Logements traversants / ouvrants adaptésAméliorer le balayage d’air
    Brasseurs d’airAméliorer le confort ressenti sans forte consommation
    Pilotage / sensibilisationFermer, ouvrir, ventiler au bon moment
    Refroidissement actif cibléProtéger les publics vulnérables ou les situations extrêmes

    L’ADEME recommande, pour garder un logement frais sans recourir forcément à la climatisation, d’anticiper des aménagements et des gestes avant l’arrivée de la canicule.

    Climatisation interdite

    Le point essentiel est que le confort d’été ne se règle pas par une seule solution. Il dépend d’un système : orientation, protections solaires, inertie, ventilation, usages, densité d’occupation et capacité à récupérer la nuit.

    Et il ne faut pas reproduire les erreurs de l’abondance du chauffage avec la climatisation : le bâtiment doit d’abord être performant et piloté, afin de limiter ses besoins en énergies en hiver, comme en été !

    Les pratiques des bailleurs sociaux : le sujet monte, mais reste récent

    L’ANCOLS a publié une étude sur l’adaptation des logements sociaux aux fortes chaleurs par les organismes HLM. En 2025, l’Union sociale pour l’habitat en reprend un chiffre très parlant : 38 % des ménages du parc social déclarent souffrir de la chaleur dans leur logement en été.

    L’ANCOLS souligne aussi que les opérations ayant pour objectif premier d’améliorer uniquement le confort d’été restent plus difficiles à inscrire dans les stratégies habituelles que les rénovations énergétiques classiques.

    C’est un point clé : les bailleurs savent traiter une rénovation énergétique avec isolation, chauffage, ventilation et DPE. Ils sont encore en train de structurer une doctrine sur la “bouilloire thermique” : comment mesurer, prioriser, financer et prouver l’efficacité ?

    La limite actuelle : on manque d’un indicateur d’exploitation

    Le secteur a besoin d’un équivalent opérationnel des DH pour l’existant. Et également de mesures dans les bâtiments pour continuer à consolider son expérience.

    Aujourd’hui, les bailleurs peuvent et doivent croiser plusieurs sources :

    • DPE ;
    • étage ;
    • orientation ;
    • absence de volets ;
    • année de construction ;
    • typologie du logement ;
    • plaintes locataires ;
    • données sociales ;
    • mesures de température intérieure ;
    • cartographie des îlots de chaleur.

    Mais il manque encore souvent un indicateur simple du type :

    DH canicule simulés / mesurés par logement ou par typologie de logement.

    Cet indicateur permettrait de prioriser les opérations non seulement selon les économies d’énergie, mais selon le risque d’inhabitabilité estivale.

    Cas pratique : logement social à Paris et tour Prélude

    Alors que les métropoles confirment leur attractivité et que les entreprises et les habitants s’y localisent, prenons l’exemple de Paris, métropole à la fois historique et très dense, pour illustrer le rattrapage à faire sur le confort d’été.

    Pourquoi Paris est un cas critique

    Paris concentre plusieurs facteurs aggravants : forte densité bâtie ; minéralité ; faible rafraîchissement nocturne dans certains quartiers ; îlots de chaleur urbains accentués depuis 10 ans ; logements anciens ; faible capacité de certains ménages à quitter leur logement pendant les canicules ; population âgée ou vulnérable dans une partie du parc social.

    Le rapport Paris à 50 °C souligne la vulnérabilité particulière de la population des logements sociaux face aux canicules et à l’inconfort d’été, notamment du fait de l’âge, de l’isolement et des difficultés à rejoindre des lieux plus frais.

    Ce n’est donc pas seulement un problème technique. C’est un sujet de santé, de justice sociale et de continuité d’usage du logement.

    Pourquoi la tour Prélude est emblématique

    La tour Prélude, dans l’ensemble des Orgues de Flandre à Paris 19ᵉ, est un bâtiment emblématique du logement social parisien. C’est d’abord le plus grand immeuble de logements de France (123 mètres de haut). La tour prélude a même sa propre page Wikipedia !

    Selon la Ville de Paris, la tour Prélude est encore aujourd’hui la plus haute tour résidentielle de Paris. L’ensemble (Tour Prélude et Sonate) a d’ailleurs fait l’objet d’une opération majeure de rénovation entre 2011 et 2018 pour un montant public de travaux de 17 millions d’euros.

    C’est donc un bon cas d’école : grande hauteur, forte exposition, logements nombreux, enjeu patrimonial, enjeu social, et forte visibilité urbaine.

    Simulation simplifiée des degrés-heures pendant la canicule de juin 2026

    Je reprends ici une simulation simplifiée pour représenter les ordres de grandeur.

    Période : 21 au 27 juin 2026.
    Contexte météo : canicule nationale du 17 au 30 juin, avec dépassement de 40 °C à Paris les 24 et 25 juin.

    Hypothèses de calcul :

    • seuil de confort jour : 28 °C ;
    • seuil de confort nuit : 26 °C ;
    • logement non climatisé ;
    • calcul heure par heure simplifié ;
    • logement situé dans une tour, en étage élevé ;
    • forte exposition solaire possible ;
    • ventilation nocturne limitée.

    Mon scénario central sera un logement exposé ouest / sud-ouest, étage élevé, ventilation nocturne limitée (non traversant).

    DateTempérature intérieure min. simuléeTempérature intérieure max. simuléeDH journalier
    21 juin26,0 °C28,5 °C≈ 6 °C.h
    22 juin28,1 °C30,2 °C≈ 38 °C.h
    23 juin29,4 °C31,5 °C≈ 71 °C.h
    24 juin30,3 °C32,6 °C≈ 96 °C.h
    25 juin31,4 °C33,4 °C≈ 120 °C.h
    26 juin31,7 °C33,4 °C≈ 127 °C.h
    27 juin31,4 °C33,1 °C≈ 118 °C.h
    Total semaine≈ 577 °C.h

    Lecture

    Un logement très exposé de la tour Prélude pourrait atteindre environ :

    580 °C.h d’inconfort en une semaine. À comparer au repère RE2020 de 350 °C.h, qui correspond au seuil bas annuel de confort d’été dans le neuf.

    La conclusion montre les limites de la situation actuelle : une seule semaine de canicule peut produire plus d’inconfort thermique que le niveau annuel que la RE2020 cherche à éviter dans un bâtiment neuf confortable.

    Ce que le cas Prélude montre pour le logement social parisien

    La tour Prélude illustre trois enseignements.

    Premier enseignement : la rénovation énergétique ne suffit pas si elle ne traite pas l’été.
    Une enveloppe mieux isolée améliore l’hiver, mais l’été dépend aussi des apports solaires, de l’ouverture nocturne, de la capacité à évacuer la chaleur et des protections extérieures.

    Deuxième enseignement : le risque se joue beaucoup la nuit.
    Quand les températures nocturnes restent élevées, le bâtiment ne se décharge plus. Le logement commence la journée suivante déjà trop chaud.

    Troisième enseignement : les solutions actives vont devenir un standard.
    Le logement social va devoir intégrer de la climatisation pour s’adapter et garder les bâtiments vivables l’été et conformes en degrés.heures aux obligations de réglementation dans le neuf.

    Conclusion opérationnelle

    En 2026, la France dispose d’une base pour le confort d’été dans le neuf, avec la RE2020 et l’indicateur degrés-heures. Mais le parc existant, notamment le logement social, reste dans une zone plus fragile : les textes existent, les aides commencent à intégrer le confort d’été, mais il manque encore une doctrine opposable et opérationnelle comparable aux DH du neuf.

    L’enjeu est de passer d’une rénovation énergétique “hiver” à une adaptation thermique toutes saisons.

    Le confort d’été n’est donc plus un supplément de confort. C’est un critère d’habitabilité et d’utilisation du bâtiment.