Avec nos clients, nous avons vu passer un certain nombre de dossiers de consultation pour installer des GTB ou GTC dans les bâtiments. Si l’on veut intégrer l’IoT et le numérique, la structuration classique en « lots séparés » (Electricité, Plomberie, Chauffage, etc.) est devenue une des raisons des échecs.
C’est une organisation héritée du XIXe siècle appliquée à un bâtiment qui doit se comporter comme un smartphone géant. Si vous souhaitez connecter vos bâtiments, voilà pourquoi cette structuration ne fonctionne pas :
1. Le « silotage » : l’interopérabilité en pièces détachées
Dans un appel d’offres classique, on peut découper les appels d’offres en six à huit lots. On a alors l’impression de mieux contrôler la réponse, pour faire plaisir aux Achats. Et si en plus, on organise l’appel d’offre pour que les entreprises puissent être distinctes, on a des lots étanches.
- Le résultat sur le terrain : le lot Chauffage ou CVC installe ses sondes, le lot Électricité ses capteurs de présence, et le lot Sécurité ses propres détecteurs.
- Le résultat pour le bâtiment : on se retrouve avec trois réseaux différents, trois passerelles et trois applications mobiles… Personne ne se parle. On paye trois fois pour la même donnée (la présence dans une pièce) sans jamais pouvoir l’utiliser pour croiser les infos.
2. La GTB et la communication multi-technique : « erreur système »
L’informatique et l’IoT tombent souvent dans une faille spatio-temporelle entre le lot Électricité (qui tire les câbles) et la DSI (qui gère le réseau).
- Le résultat sur le terrain : qui configure la passerelle LoRa ? Qui s’assure que le thermostat du lot CVC (Chauffage-Ventilation) peut remonter sur le dashboard du lot Élec. ?
- Le résultat pour le bâtiment : à la réception, ça ne marche pas. L’électricien dit : « J’ai posé le boîtier », le chauffagiste dit : « Mon automate fonctionne en local », et moi, Directeur, je n’ai aucune donnée sur mon écran. C’est le jeu du ping-pong dont la collectivité – et sa direction du patrimoine – est la première victime.
La collectivité a acheté un bâtiment durablement déconnecté ; les utilisateurs le leur rappelleront longtemps, avant d’abandonner et de considérer que personne ne les écoute.
3. Dans le bâtiment, pas besoin de « Lot Data » ou de « Lot Numérique » transversal
La structure classique oublie que la donnée est un matériau de construction à part entière. Dans le monde matériel, l’immatériel est gommé.
- Le résultat sur le terrain : on achète des objets (un robinet, une lampe), pas une fonction (un litre d’eau économisé, un lux constant). Le descriptif technique (CCTP) définit le matériel, mais jamais la structure de la donnée (nommage des points, fréquence de remontée, format API).
- Le résultat pour le bâtiment : on est pieds et poings liés à des protocoles propriétaires. Si la collectivité veut changer de marque d’appareil ou de prestataire de maintenance, elle doit tout racheter car les données sont « verrouillées » chez le fabricant du lot CVC.
Comment faire pour les futurs marchés GTB dans les collectivités ?
Si vous voulez arrêter de jeter l’argent par les fenêtres, il faut changer de braquet sur la rédaction des pièces de marché :
- Créer un « Lot Numérique Transversal » : ce lot doit avoir autorité sur les autres. C’est lui qui impose les protocoles de communication aux électriciens et chauffagistes ;
- Imposer un Référentiel de Données (BOS – Building Operating System) : exigez que toutes les données soient centralisées sur une plateforme ouverte qui appartient à la Ville, et non au prestataire ;
- Sortir du « Moins-Disant » : un capteur pas cher qui n’est pas interopérable coûte, au final, dix fois son prix en temps de maintenance humaine. Évaluez les offres sur le Coût Global sur 10 ans.
Conclusion en une image : continuer à faire des appels d’offres en lots séparés sans pilotage numérique, c’est comme commander les pièces d’une voiture à quatre fournisseurs différents et espérer qu’une fois assemblées, elles freineront de concert. Spoiler : ça n’arrive jamais.

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